INESI : Pouvez-vous vous présenter (Parcours personnel, académique et professionnel) ? Quels sont vos rapports avec la littérature ?

Abdoul Nasser Manou Sékou : Je suis Manou Sekou Abdoul Nasser, j’ai 26 ans. Ancien élève du prytanée militaire j’ai effectué mes études supérieures à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature à Niamey. Féru de la Littérature et des Arts, je suis promoteur, formateur et consultant en matières d’écriture et de lecture.

INESI : Le 7 novembre était la journée consacrée à l’écrivain africain. Pourquoi cette journée et que pouvez-vous nous en dire ?

ANMS : Il est impérieux de le rappeler certes. La journée de l’écrivain africain est une initiative de l’Association Panafricaine Africane des Ecrivains (Panafrican Writers Association ou PAWA), qui est une joint-venture d’une cinquantaine d’associations africaines, francophones et anglophones, majoritairement, qui se mêlent de culture et de littérature. Depuis 1992, le 7 novembre a été consacré pour tous ces illustres écrivains, penseurs et philosophes africains. Pourquoi ? Pour leur rendre hommage d’entrée de jeu, pour toute l’abnégation consentie pour la postérité, pour tous leurs travaux pour dessiller les yeux de l’opinion générale mondaine à l’époque, pour toutes leurs contributions à l’arborescence de la pensée…
Au-delà de l’hommage, c’est aussi une journée de questionnement, quant à tous ces émules ou passionnés littéraires qui essaient de mener des combats honorables, salutaires pour l’humanité en général, pour les peuples africains en particulier, en évoquant les problèmes auxquels ils sont en butte et les perspectives envisageables.
Les écrivains de tout temps ont été les premières victimes, les sacrifiés des grandes dictatures. C’est avec eux que l’ignorance se tarit, que toutes ces attitudes à l’origine des plus grands méfaits sont combattues. Ce serait une lapalissade de parler du rôle capital que jouent les écrivains. Pour mémoire nous avons l’illustre combat mené par les pionniers de la négritude dans les années 30-40, Senghor, Césaire, Depestre… Pour ne citer que ceux-là.
L’Europe doit aujourd’hui beaucoup aux apports de ces penseurs à l’instar des Zola, Hugo, Molière, Camus ou encore Gustave Flaubert et Montesquieu en France, en Allemagne des élogieux personnages comme Freud, Nietzsche, Kant, Marx, Frantz Kafka etc.… par exemple. Le combat mené par lumières au 18ème en Europe est un paradigme d’apports.

INESI : Pouvez-vous revenir sur une lecture cursive et rétrospective de la littérature africaine de son orée à nos jours ?

ANMS : La littérature africaine a beaucoup été sous la chape de l ‘oralité, elle n’en demeure pas moins riche. Et d’ailleurs les conditions de vie à ces époques n’étaient pas les mêmes en Europe qu’en Afrique. La naissance d’une littérature africaine au sens « classique » du terme est généralement datée de l’entre-deux-guerres ». Avant cela, tout de même comprenez que l’Afrique est d’abord sujet de récits de voyage et d’exploration au XIXe siècle, puis du roman colonial lequel connaîtra son apogée entre les années 1920 et 1940, ce qui se superpose donc, en terme temporel, avec les débuts de la littérature écrite par les Africains.
Cette littérature est souvent découpée entre une période « coloniale » et une période « postindépendance », car une plâtrée d’ouvrages sont inspirés par les réalités de l’époque, produisant d’abord des ouvrages critiques du colonialisme puis des œuvres dénonçant les régimes africains autoritaires.
Certes, la littérature Africaine antique regorge de plusieurs sous-ensembles à savoir : les littératures de l’Egypte antique, la littérature amharique – écriture Guèze- et la littérature berbère (Mali, Niger…).
Ainsi, quant aux auteurs, les critiques les classent très souvent en quatre générations : les pionniers, essentiellement des poètes (Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Damas), les écrivains des environs des indépendances africaines (Boubou Hama, Camara Laye), la génération de 1970 à 1980 (Ahmadou Kourouma, Sembène Ousmane, etc.) et la génération d’après 1980, dans laquelle figurent plusieurs femmes (Kaziende Helene, Calixthe Beyala, Fatou Diome) .

INESI : Qu’en est-il de la littérature Nigérienne ?

ANMS : La littérature Nigérienne pour l’essentiel, a été dominée par les créations littéraires de Boubou Hama. Il a fallu attendre les années 70 pour voir l’émergence de nouveaux écrivains. Au-delà parmi ces écrivains, nous avons Idé Oumarou, Amadou Ousmane que nous venons de perdre cet octobre dernier, le calligraphe Hawad, Mahamadou Halilou, Amadou Idé, Hélène Kaziende, pour ne citer que ceux-là. La liste n’est pas exhaustive mais ce sont d’entre ceux qui ont jeté les jalons.

INESI : Que pensez-vous de l’évolution de la littérature Nigérienne, de surcroît la contemporaine ?

ANMS : La littérature Nigérienne, me semble, demeure flasque. Ce n’est pas faute de pépite littéraire ou des amoureux de lettres, mais disons bien, l’héritage semble être galvaudé. Et voilà pourquoi cette bonne fille souffre d’une sorte de vétusté. Des classiques à leurs émules, cette littérature, malheureusement, est en apnée, vu que les contemporains n’arrivent guère à émerger. Et c’est un retard criard, un retard insidieux pour l’émergence de la pensée. Et donc j’estime qu’elle semble encore à un stade de chrysalide inachevé. Et c’est déplorable ! Pourtant ce n’est pas faute d’encres pleines, profondes et de grande doigté.

INESI : Cette journée a pour Thème littérature, démocratie et pouvoir quels sont vos appréciations ?

ANMS : Cela ne peut qu’être d’aplomb. Il faudrait sans préférence, connaitre pour survivre, ignorer pour vivre, connaitre pour se concentrer et ignorer pour s’ouvrir, connaître pour comprendre et ignorer pour découvrir, connaitre et ignorer pour s’émerveiller, pour s’éveiller, disait Jigmé thrinlé Gyatso, dans : le Jardin de Mila suivi de Y et empreintes. C’est là, la dualité dans laquelle notre monde patauge. Il va s’en dire que la boite de pandore des consciences est animée des vices inéluctables et sempiternels.
Les écrivains de tout temps ont su interroger leur Temps, sans se heurter au dard du conformisme, non plus s’affaler dans le précipice des idées reçues, afin de proposer des perspectives. Les plus idoines à nos maux, nos mœurs-maux. J’estime que le poète, l’écrivain, ne devrait concevoir la ruine de son univers, sans que préoccupé, de sa plume sans devers, ne compose des vers d’espoir soulageant, pour farder ces rides qui rendent répugnant, l’éclat céleste de son cher monde, qui en continu perd ses vraies quintessences, sans que les génies ne le trouvent immonde.
Mais cela a un prix vous savez. Le nombre d’écrivains contraints à l’exil, Laye Camara ou même le grand Amadou Hampâté Bâ, voire des écrivains assassinés, persécutés à l’instar de Norbert Zongo, ou à reprise, empoisonnés et emprisonnés Wole Soyinka, ken Soro Wixa, n’est pas dénombrable.
Et cela continue toujours. Voyez-vous ? Combien la tâche est énorme et risquée. Mais de toute façon je me dis qu’un écrivain ne devrait jamais parler pour être silencieux, ou être silencieux pour parler. Ce n’est pas être un écrivain sérieux qu’être à la solde de tel sieur ou dame. Ce n’est pas un commerce écrire.

INESI : Quels sont vos projets littéraires ? Quelle partition joue l’État dans la littérature Nigérienne ?

ANMS : Pour l’heure j’écris seulement, l’on essaie de mûrir la réflexion avec prudence et doctement. Ce qui est sûr tant que demeure malade la société nos modestes contributions seront à l’ordre du jour.
Pour l’heure, l’Etat n’a pas inscrit, de par ce qui est là, la littérature dans ses priorités. Pourtant l’ignorance, la baisse de niveau érodent en continu les différentes franges sociétales. C’est de pratique, un esprit non sustenté demeure toujours indigent et oiseux.
Mais, c’est pour relayer ce genre d’attitude, que j’ai mis en place une association et une grille éditoriale locales sous la dénomination de  » la Plume au Service de la Société  ». Et en trois ans d’existence, plus d’une vingtaine d’œuvres Nigériennes ont vu le jour.

INESI : Quels sont les défis et perspectives de cette littérature ?

ANMS : Des jeunes d’une grande sagacité il y a. Ils ont juste besoin de coup de pouce. D’abord préserver l’héritage est impérieux, en mettant un processus où toute les œuvres Nigériennes sont consultables. Aider les jeunes contemporains, est aussi une variable fondamentale, c’est la relève. L’histoire a montré qu’aux concerts des nations, moult nigériens ont déjà remporté des prix de renommée internationale. Faire en sorte que les nigériens puissent avoir un regain d’intérêt est sans nulle suspicion l’urgence première. Et c’est sûr en misant sur l’avenir l’on ne se tromperait pas.

Par l’INESI le 11 Novembre 2018