Le Niger redevient à nouveau, depuis 1980, membre non permanent du Conseil de sécurité suite aux élections de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 7 juin 2019.

Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. C’est l’organe exécutif et décisionnel de l’ONU compétent au premier chef pour constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression. Le Conseil invite les États parties à un différend à le régler par les moyens pacifiques et les méthodes qu’il juge appropriés. Selon les cas, il peut imposer des sanctions, mais également autoriser l’emploi de la force pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. Tous les États membres de l’ONU sont tenus d’appliquer ses décisions et comprend 15 membres (5 permanents disposant d’un droit de véto et 10 membres non permanents).

C’est à partir de l’amendement de la Charte des Nations Unies par la résolution 1991 (XVIII) du 17 décembre 1963, que le Conseil de sécurité passe de 11 à 15 membres par l’ajout de quatre membres non permanents supplémentaires. Les membres non permanents passent alors de 6 à 10 membres.

L’article 23 § 1 de la Charte précise dorénavant qu’aux côtés de la République de Chine (République populaire de Chine), la France, l’Union des Républiques socialistes soviétiques (Russie), le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, et les États-Unis d’Amérique, membres permanents du Conseil de sécurité, dix autres membres de l’Organisation sont élus, à titre de membres non permanents du Conseil de sécurité, par l’Assemblée générale qui tient spécialement compte, en premier lieu, de la contribution des Membres de l’Organisation au maintien de la paix et de la sécurité internationales et aux autres fins de l’Organisation, et aussi d’une répartition géographique équitable.

La répartition géographique demeure cependant l’un des critères les plus saillants de l’élection, puisque c’est au regard de la composition inéquitable et déséquilibrée, que l’Assemblée Générale décide, en 1963, que les membres non permanents du Conseil seraient élus selon la répartition suivante (résolution 1991 A (XVIII)) :

  • Cinq membres parmi les États d’Afrique et d’Asie ;
  • Un membre parmi les États d’Europe orientale ;
  • Deux membres parmi les États d’Amérique latine ;
  • Deux membres parmi les États d’Europe occidentale et autres États.

Le continent africain dispose généralement de trois postes. Ces membres non permanents du Conseil de sécurité sont élus pour une période de deux ans et les membres sortants ne sont pas immédiatement rééligibles, selon le paragraphe 2 de l’article 23 de la Charte.

La République du Niger a été élu, comme la Tunisie, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité lors de la 73e session de l’Assemblée générale à la 88e séance plénière, le 7 juin 2019 par 191 voix sur 193 pour la période 2020-2021. C’est la deuxième fois que le Niger siège au sein du Conseil de sécurité après la période de 1980 à 1981, sous la Présidence du Général Seyni Kountché. Si les mandats de la Guinée-équatoriale et de la Côte d’Ivoire arrivent à terme en 2019, l’Afrique du Sud, elle, ne devra rendre son tablier qu’en 2020.

© Crédit photo : Diplomatie Niger

Le Niger entend prendre part activement à la mise en œuvre « d’un système global équitable adapté à la réalité de la Communauté internationale ». Pour le Ministère des Affaires Etrangères, il est question de mettre l’accent sur les défis sécuritaires régionaux et les questions de migration dont le Niger se trouve au carrefour. Ces dernières années, le Niger s’est stratégiquement positionné sur les questions régionales, notamment la sécurité au Sahel dans le cadre du G5 Sahel, de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest ou au sein de l’Union africaine. Le Niger s’inscrit dans une dynamique diplomatique ambitieuse, depuis l’intervention de l’Organisation de l’Atlantique Nord en Libye, au-delà d’une pratique « réaliste » ou « de moyen ».

L’objectif à court terme est de maintenir l’attention et de multiplier les aides et soutiens d’urgence. Le Niger devra assurer au sein du Conseil la mise en œuvre efficace et rapide de l’action des Nations Unies, mais il aura surtout la tâche et la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales dans les relations interétatiques en y défendant une vision africaine. Le Niger a la mission de propulser la finalisation l’« opérationnalisation » de la Force conjointe du G5 Sahel à l’international, mais aussi de partager son expérience dans le domaine sécuritaire pour faire face à ces défis.

Toutefois, sur le long terme, l’approche peut s’avérer problématique voire dangereuse. En effet, la priorisation des thématiques sécuritaires et migratoires d’acteurs tiers – comme l’Union européenne, la France, les Etats-Unis, l’Italie, les Émirats Arabes Unies – peut déboucher à des crises internes. Il est important de mettre l’accent sur une diplomatie socio-économique axée sur l’autonomisation stratégique et souveraine du pays.

D’ailleurs, le Niger mène une offensive diplomatique importante au sein des Nations Unies. Trois jours avant l’élection du 7, un nouveau Représentant permanent du Niger auprès des Nations Unies a été choisi par la Diplomatie nigérienne. M. Abdou Abarry, a présenté ses lettres de créance au Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, le 4 juin 2019. Diplomate de carrière, M. Abarry aura la tâche de défendre les positions stratégiques du Niger au sein de l’ONU. Une collaboration étroite sera probablement établie avec la Tunisie et le Président de la 74e session de l’Assemblée générale – septembre 2019 à septembre 2020 –, le nigérian M. Tijjani Muhammad-Bande.

La coordination entre le Niger, la Tunisie et l’Afrique du Sud avec l’Union africaine et le G5 Sahel est primordiale pour éviter l’incapacité africaine à parler d’une seule voix. Cette incapacité s’est manifestée notamment en 2011, lors du vote de la résolution 1973 contre la Libye par l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Gabon en violation de la position commune de l’UA.

L’accession du Niger au Conseil de sécurité pour consolider ses acquis en matière de diplomatie sécuritaire demeure nécessaire, toutefois, l’émancipation stratégique et souveraine doit être privilégiée.

Par L'INESI Le 07 Juin 2019