« À force de nous engluer aux androïdes numériques, nous devenons des androïdes humains. Nous devrons mettre les androïdes à notre service non être à leur service. La vie n’est pas dans les téléphones portables, elle se vit ». Dans cette tribune M. Abdoul Nasser Manou Sékou revient sur la place des réseaux sociaux dans la vie quotidienne des nigérien(ne)s, principalement Facebook et Whatsapp. Il met en exergue les effets nuisibles de ces derniers et propose des pistes de réflexion pour sortir de la dépendance à leur égard. 

L’on se souvient tous, des premières avancées technologiques, ayant conduit à la mise en place des premières communications téléphoniques. En effet, les travaux de l’inventeur américain, d’origine britannique, Alexander Graham Bell, appuyés par les recherches de A. Meucci permirent à l’humanité d’entrer dans une nouvelle phase de la communication. Une communication avec des moindres efforts, et, en un temps record.

Ce faisant, peu à peu les années 2000 nous permirent d’être en possession des premiers appareils portables sans fil, puis les nouvelles technologies connurent leur ascension, avec les Smartphones, symbians et autres androïds. Dans cet effort de création une fois de plus, l’homme témoignait de l’existence d’une sagacité de sa part , que ni le temps, non plus les obstacles ne peuvent annihiler. Certes, ces apparitions constituent à elles seules des grands tournants de l’humanité, tant elles offrent des facilités qu’encore une décade, il était impossible d’envisager, à l’instar des appels vidéos.

L’avalanche des « réseaux sociaux »

Mais, tout ceci fut accéléré par la mise en place des toiles, communément appelées « réseaux sociaux » de l’ordre desquels Facebook, lancé en 2004 en Californie par Mark Zuckerberg, et encore twitter (en 2006 à San Francisco par Jack Dorsey, Évan Williams…), qui permettent de faire des publications sur la toile internet, de façon instantanée, incluant des photos et vidéos. Certes, il est indéniable, au vu des apports dans la transmission des informations en temps réels et avec une fulgurance étonnante, que ces plateformes sont indispensables dans une communauté, de plus en plus mondialisée et libéralisée. Et tous les continents en ont tiré un réel avantage, en commençant par l’Américain, et l’Européen sans oublier l’Africain dans lequel ces plateformes seraient plus utilisées, plus que nulle part ailleurs sur le globe terrestre.

© Crédit photo : Leptidigital

Mais, telle une avalanche qui se déchaîne aux cimes des montagnes enneigées, l’on assista à la venue en 2009 d’une application mobile multiplateforme, qui fournit un système de messagerie instantanée, rachetée et devenue la propriété de Facebook. Cette application est dénommée Whatsapp. C’est cette dernière application, qui tel un aimant avec du fer va occuper nombreux d’entre nous. L’utilisation est telle que même le pays, où celle-ci fut développée n’y connaît pas une telle affluence.

Les effets de la whatsappmanie

Chez nous, en Afrique, les dégâts sont fort considérables si l’on sait qu’elle est devenue le principal hobby des gens, et toutes les couches sociales n’en sont pas épargnées. Certains, en font une véritable adoration, à telle enseigne que les seuls moments où ils ne sont pas connectés sont les heures de sommeil et/ou d’obligations spirituelles. En effet, à l’école tout comme aux bureaux et autres lieux professionnels, vous verrez cette whatsappmanie en turbidité. Les lieux de délassement, sont tout autant concernés. Ce qui a, de prime abord, de lourdes conséquences d’un point de vue financier, ensuite en matière de gestion de temps, et indubitablement en ce qui concerne la santé psychologique et corporelle. L’on se forge un monde restreint dans les mobiles, et l’on y vit quotidiennement. Au-delà, cela conduit à une forte oisiveté qui se solde par un continu farniente.

 

 

 

Certes, l’on a droit à disposer de sa vie, de son temps libre mais avec une certaine mesure cela serait plus judicieux. L’on pourrait se demander combien de temps perd un adulte à se connecter sur Whatsapp ? Qu’en est-il d’un adolescent ou encore d’un enfant ? Le phénomène est devenu une épidémie sans fin. Même le fonctionnement des services publics est troublé à cause de l’usage abusif de Whatsapp par les agents publics. Idem pour les vendeurs de produits ou encore les prestataires,

qui, pour certains, servent les clients en utilisant Whatsapp. Cette épidémie ne se limite pas aux personnes instruites, et sévit aussi au niveau de celles non instruites. Imputer la faute à la facilité d’accessibilité aux gadgets téléphoniques de dernières générations, serait certes un jugement biaisé. L’on sait que les gens, qu’ils soient instruits ou non, jeunes, employés ou non, travaillant dans le privé ou dans le public, n’ont pas la même fréquence d’utilisation. Et d’ailleurs avec acuité, l’on sait que dans certaines boîtes privées, cet usage à plein temps connaît des restrictions des plus âpres. Ou l’on travaille, ou l’on fait autres choses.

C’est comme cela donc, que l’on crée des sinécures, faute de pressions ou de sanctions à même de censurer sans bornes ces usités délétères. Cela traduit l’inconséquence, l’insouciance et une sorte de délinquance oisive, d’autant plus que l’utilisation de ces applications, en moyenne, représente un budget assez conséquent, si l’on s’en tient aux dépenses qui lui sont affectées.

La gravité en ce qui concerne les adolescents est sans appel, tant ils sont atteints. Et si jamais vous trouvez quelques-uns, qui ne s’accommodent pas de ces nouvelles technologies, ils font l’objet de critiques et de moqueries sur leur supposé manque d’éveil. Ils se heurtent à une sorte de stigmatisation. Quelle est donc l’utilité d’un éveil qui nous ruine les yeux (contact perpétuel avec des lumières non filtrées), qui nous lasse le cerveau (insuffisance de sommeil) et qui des suites d’utilisation continue pourrait amputer la motricité complète de nos mains ? Peut-être bien, l’on dirait que Whatsapp réduit les distances, mais à quel prix ? Nos sœurs, ou encore nos mères sous ses charmes peuvent mal effectuer les tâches ménagères, ou pis encore rater la cuisson, sans compter les dégâts que celui-ci peut engendrer pour nos frères, nos neveux, nos enfants, qui utilisent cette drogue même en classe. Qu’on le veuille ou non, ainsi que l’opium, substance narcotique, Whatsapp crée une certaine dépendance, Whatsapp crée aussi une whatsappmanie, ou mieux une whatsappaddiction. Depuis quand avons-nous connu l’avènement des androïdes pour être aussi des personnes androïdes – automates — ?

 

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Tous ces dévers relevés ne sont là que des peccadilles, quand l’on jette un regard sur l’utilisation actuelle qui est faite du Whatsapp de nos jours par nos concitoyens. D’entrée de jeu, il y a très souvent de la désinformation qui est véhiculée, ou encore le gavage mental des informations farfelues par le truchement des commentaires, et, ou audios voire vidéos qui sidèrent. Mais le summum de l’utilisation stupidesque que l’on fait de Whatsapp, est l’utilisation par les usagers de la route ! Quel faix ! Quelle stupidité pleine ! La raison ne peut concevoir que l’on sache qu’une chose nous est nuisible, ou encore qu’elle se présente en véritable épée de Damoclès et qu’en dépit de ce fait, nous nous y abandonnions et convolions. Pour quel absurde plaisir ou retombée l’on ne saurait s’en débarrasser ?

L’usage du portable en pleine circulation routière, pour un prétexte d’urgence et/ou d’importance ne sautait être exempt de toute critique objective, appuyée des arguments. L’on sait tous que le téléphone par vive inadvertance et stupide, a été et demeure encore l’une des causes sans appel des accidents monstrueux de circulation routière. Combien de pauvres personnes se sont vues ôter la vie, ou devenir infirmes des suites d’un écart de conduite, n’ayant de soutènement que l’usage aux volants des téléphones portables, qui à eux seuls sont des stupéfiants ? Est-ce faute de censure ? Ou encore la censure n’est-elle pas à la hauteur ? L’on saurait d’entre les censeurs et les censurés à qui l’on ferait plaisir si l’on prenait un parti.

La nécessité d’une prise de conscience

La flexibilité est certes louable dans une optique de sensibilisation, mais ainsi qu’une femme ménopausée, elle est superfétatoire si elle ne rend que foisonnants les dévers. Et voilà qu’on essuie jour pour jour les mêmes revers, comme si les afflictions du passé ne nous servent pas d’exemples dissuasifs. Peut-être bien que l’application rigoureuse de ces contraventions, renchéries de garde à vue est la clé pour attirer au mieux l’attention, et, faire ainsi une grande transition vers la recherche des perspectives idoines.

Si l’usage du téléphone au volant est répréhensible, alors celle qui s’adonne à celui de la messagerie écrite ou encore de l’audio par l’entremise de Whatsapp est encore pire et stupide. Ce comportement mérite une sanction pécuniaire – ou de tout autre nature – conséquente. L’on ne peut tolérer que d’aucuns flirtent en continu, avec insouciance, avec les risques d’accidents graves, exposant ainsi des innocents et se recroqueviller sous la chape du mutisme. C’est de l’inconséquence sociétale ! Et tous, nous sommes interpellés. Les usagers des motos, ceux des taxis et même les particuliers, instruits ou non, l’on en voit des adeptes de tout acabit. Des gens qui jouent avec leur vie, et par-dessus celles des autres ! Combien de vies exposent les conducteurs de faba-faba ? Qu’en est-il des taximans ? L’absurdité est plus mouillée en ce qui concerne les conducteurs des véhicules à deux roues. L’on ne peut s’empêcher d’être déçu en voyant les interlocuteurs ou destinataires des messages (très souvent des maîtresses, des petites amies, des amis, et les rares cas des parents). Vous en serez encore plus dépités et dégoûtés de voir leurs sujets de conversation (le plus souvent des banalités pouvant attendre).

Savoir que l’on court un danger, et se ruer vers celui-ci sachant que l’on n’en sortira pas indemne ce n’est pas être un aventurier, c’est être absurde et stupide. Voilà que de plus en plus, d’entre nos frères, sœurs, femmes, parents, beaucoup deviennent stupides par inconséquence et très souvent par ignorance. Whatsapp, quel fléau ! L’État sur qui porte le maintien de l’ordre social dans son sérail, doit obligatoirement trouver des baumes pour ces éraflures, faute de quoi des générations de débiles, s’exposant à la mort de manière fortuite connaîtront leurs apogées.

Nous nous instruisons pour mieux réfléchir, non pour poser des actes qui ne nous élèvent même pas au stade de l’animal. Quoi qu’il en soit, les parents ont une grande responsabilité dans ce combat. Ils sont à l’origine de l’éducation primaire, l’éducation sociétale est secondaire. De la culpabilité nous en avons tous, allons, agissons !

Par Abdoul Nasser MANOU SÉKOU le 17 Avril 2019