Action de ramassage des déchets le long de la voie du centre aéré, septembre 2018
©Crédit photo : Niger Cybercitoyen

INESI : Pouvez-vous vous présenter (cursus scolaire et universitaire, vie professionnelle) ?

Ramatou Salifou (Inna Karanta) (IK) : Je suis assureur de métier, titulaire d’un Master intitulé Management International de l’Assurance spécialisée en gestion de patrimoine. J’ai fréquenté l’école Yantala 3 pour le primaire, le CEG Yantala pour le collège, le lycée Issa Korombé en seconde puis le lycée pour la 1ère A, je n’ai pas fait la terminale puisque j’ai passé le bac en classe de 1ère.Mon nom est Ramatou SALIFOU, mon surnom Inna et mon nom de famille KARANTA.

INESI : Vous avez mis en place une structure intitulée Nigérien-Cyber Citoyen. Comment l’idée vous est venue ? Quels sont vos buts, objectifs et vos actions ?

IK : La mise en place du groupe a été longuement réfléchie suite à de nombreux échanges avec plusieurs amis sur les réseaux sociaux qui, comme moi, sont interpellés par l’incivisme dans nos villes et bien d’autres aspects de la vie quotidienne sociale, politique et économique. À l’unanimité nous avons décidé d’unir nos forces pour créer cette plateforme dont le but principal est « dénoncer, agir et faire agir ».

Les objectifs sont fixés par période de coordination, chaque 3 mois nous changeons de coordinateur et chaque coordinateur propose une feuille de route que nous validons ensemble.

Mais, les objectifs globaux sont de :

  • contribuer à améliorer la propreté de nos villes en redynamisant la citoyenneté active des nigériens et l’efficacité de l’action des pouvoirs publics ;
  • contribuer à renforcer durablement la mobilisation des citoyens autours des préoccupations (exemple de santé, d’éducation, de la protection des enfants et de l’environnement).

INESI : Etes-vous implantés dans toutes les grandes villes nigériennes ?

IK : NCC est une plateforme virtuelle, par conséquent il est partout.

INESI : La salubrité est-elle une problématique qui est réellement ancrée dans les mœurs quotidiennes ?

Lorsqu’on prend des villes de la sous-région, comme Lomé, dans certains quartiers chaque matin les femmes balaient ces quartiers. Pourquoi ne retrouve-t-on pas une telle action à Niamey ?

IK : Je me souviens que quand j’étais à l’école primaire, chaque semaine un groupe de balayage et nettoyage était mis en place, le groupe avait pour mission de balayer la classe chaque matin et chaque après-midi avant le début des cours, nettoyer le tableau, préparer le bureau de l’enseignant (craie et règles) et entretenir les plantes et fleurs à la devanture des classes.

Les femmes des quartiers avaient pour habitude de tenir des séances de salubrité hebdomadaire et évidemment chaque matin chacune balayait sa cour.

Mais ces dernières années, l’insalubrité surtout dans nos grandes villes est dûe à plusieurs paramètres :

  • l’urbanisation galopante ;
  • le non-respect du code de l’hygiène publique ;
  • l’inexistence d’un véritable programme d’enlèvement des ordures ;
  • l’incivisme, la non-appropriation de l’espace public par les citoyens ;
  • le manque de prévision des autorités pour faire face aux problèmes cités plus haut.

Tous ces points ont entrainé un laisser-aller et un « je-m’en-foutisme » considérables qui font que nous avons délaissé nos mœurs même les plus essentielles à notre santé.

 Il est rare aujourd’hui de voir des groupes sociaux défavorisés s’organiser pour une action collective de salubrité juste parce que leur environnement est sale. Sous prétexte de la misère sociale ambiante, certaines personnes que nous côtoyons disent que lorsqu’on ne mange pas à sa fin on ne se préoccupe d’être propre. On leur répond que la saleté entraine les maladies donc il vaut mieux prévenir que guérir.

La propreté n’est pas un luxe c’est une nécessité vitale (boire, manger, se laver, prier… demandent la propreté).

Initiative citoyenne à Talladjé en 2016
©Crédit photo : Niger Cybercitoyen

INESI : L’enfant est souvent considéré par certaines philosophes comme le père de l’homme. Dans ce cadre, menez-vous des activités de sensibilisation et de formation des plus jeunes dans les écoles maternelles, primaires, collèges et lycées ?

IK : Nous avons mené une action d’enlèvement d’un dépotoir longeant les murs de 3 écoles primaires fréquentées par plus de 700 élèves de la maternelle et du primaire de septembre à novembre 2016.

Avant de mener l’action, nous avons pris attache avec la direction de l’école et le chef de quartier qui avaient invité plusieurs parents d’élèves pour discuter de ce fléau. La direction de l’école ainsi que les parents d’élèves ont fait la promesse de s’impliquer dans l’action et de sensibiliser les riverains qui déversaient les ordures le long du mur. Nous avons, avec persévérance et l’implication de la mairie et du chef de quartier, atteint notre objectif de faire disparaitre les ordures, cela a pris du temps mais c’est un succès.

Nous déplorons que les parents d’élèves et les directions des écoles ne soient pas plus impliqués, c’est avant tout le cadre de travail des enseignants et le lieu de scolarisation des enfants durant au moins 7h par jour et ce durant 5 jours de la semaine. On s’est évidemment demandé ce qui a pu motiver leur non-implication mais nous ne nous sommes pas attardés car des internautes et certains riverains se sont impliqués.

Début 2017, nous avons mené une action de salubrité et de sensibilisation au CES 25 de Koira Kano, cette fois-ci sur invitation du bureau des collégiens, ce fut un succès.

Il est vrai que nous avons établi un programme de passage dans différentes écoles, collèges et lycées, nous avons même établi un programme de concours de l’école la plus propre, jusque-là nous n’avons pas pu mettre ce projet en place. Nous ne ménagerons aucun effort pour lancer le projet au plus tôt.

Initiative citoyenne à Talladjé en 2016
©Crédit photo : Niger Cybercitoyen

INESI : Le Cyber-activisme est-il la meilleure voie de transformation des mentalités ?

IK : Le cyber-activisme est aujourd’hui une des voies les plus efficaces. Les utilisateurs des réseaux sociaux sont de plus en plus nombreux et dans un pays comme le Niger où une grande partie de la population ne sait pas lire, les messages audio et visuels en langues nous aident beaucoup à faire passer nos messages. Nous avons déjà deux spots à notre actif et nous avons plusieurs thèmes que nous allons explorer et faire passer sur les médias sociaux.

INESI : Effectuez-vous, dans le cadre de votre association, des réflexions sur les villes intelligentes, les villes connectées et les villes durables ?

IK : Notre plateforme ne s’est pas fixé de telles réflexions comme objectifs mais nos membres actifs réagissent chacun à son niveau sur le débat des villes intelligentes connectées et durables, projet cher à l’Agence Nationale sur les systèmes d’informations (ANSI) dirigée par Ibrahima Guimba.

INESI : Avez-vous élaboré une planification urbaine et une réflexion sur des infrastructures respectueuses de l’environnement dans l’optique des « villes intelligentes » ?

IK : Non.

La planification urbaine relève du ministre de l’urbanisme et de l’habitat et peut-être de l’ordre des architectes. Dans ce sens, on constate que nos villes s’agrandissent avec des lotissements qui ne respectent aucune norme environnementale (pas d’espace vert dans nos quartiers) tout est bétonné (même la Ceinture verte). Il est temps de se pencher plus sérieusement sur le besoin de reverdir nos villes car nous sommes à la traine dans ce domaine.

INESI : Etes-vous soutenus par les autorités publiques dans le cadre de vos activités ?

IK : L’un de nos objectifs est de faire agir autant les populations que les autorités publiques. Dans ce sens, les autorités publiques ont agi plus d’une fois suite à nos dénonciations. Les autorités nous ont soutenus dans nos efforts en nous encourageant et parfois en continuant des actions que nous menons. Par exemple à Koubia, nous avons débuté l’enlèvement d’un dépotoir géant et le Haut-Commissariat à Niamey Niala a pris la relève en continuant l’enlèvement. Suite à cette action, le journal gouvernemental avait titré le lendemain « Le déclic » car ça a provoqué une réunion d’urgence convoquée par le Président de la République qui a invité autour de la table tous les protagonistes de l’entretien de la ville.

 Aujourd’hui, l’image de la capitale et d’autres grandes villes a changé comparé à il y a 3 ans. Pour le cas de Niamey, ma ville de résidence, les grands dépotoirs dans la ville ont pratiquement disparu, la ville est plus éclairée sur les grands axes surtout.

Pour conclure, je dirai que les grands défis que les autorités doivent relever c’est l’application de la loi n°2014-63 du 05 novembre 2014, portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation, de l’utilisation et du stockage des sachets et des emballages en plastique souple à basse densité. Le 25 juin 2015, il y eut un décret d’application n°2015-321/PRN/MESU/DD qui hélas a rejoint les nombreux autres décrets non appliqués au fond des tiroirs.

Nous ne pouvons pas continuer de fermer les yeux sur un fléau, aujourd’hui même la nourriture chez les vendeurs et vendeuses est servie dans les plastiques, nos animaux consomment par la suite ces plastiques que nous jetons, notre environnement est terni. Pour rappel, un plastique met près d’un siècle à disparaitre de la surface de la terre alors imaginer tous ces sacs qui décorent nos villes, en combien d’années disparaitront-elles ?

L’autre défi, c’est la conservation de nos forêts, la restauration de l’unique « Ceinture Verte » de la ville

L’État est garant de la préservation et du maintien de notre bien commun qui est l’environnement dans lequel nous vivons alors l’État doit prendre les mesures nécessaires pour assumer ce rôle régalien.

Je vous remercie de m’avoir offert l’opportunité encore une fois de présenter notre structure et de discuter de nos combats.

 

Par l’INESI le 08 Janvier 2019