INESI : Pouvez-vous vous présenter (cursus scolaire et universitaire, vie professionnelle) ?

Xavier PIEL (XP) : J’ai grandi en France, dans le Calvados. J’ai suivi l’école primaire et le collège dans des établissements de campagne privés et catholiques, puis je suis allé au lycée à CAEN. J’ai passé un Baccalauréat scientifique et poursuivi avec 3 années de classes préparatoires aux écoles d’ingénieur qui m’ont permis d’intégrer l’École Supérieure d’Ingénieur de Marseille où j’ai passé 3 années avant d’être diplômé en Mécanique des matériaux.

J’ai ensuite décidé de réaliser ma période de service militaire obligatoire au sein d’une entreprise française à l’étranger. Je suis donc parti 18 mois au Nigeria pour la société Bouygues Offshore. En 2000, je suis revenu en France et j’ai continué à travailler avec cette entreprise dans des projets d’ingénierie et de construction d’installations pétrolières. La société intervient partout dans le monde mais j’ai personnellement surtout participé à des projets en Afrique de l’Ouest (Nigeria, Congo, Angola, Namibie…). J’ai occupé des positions variées comme le chiffrage d’appel d’offres, les achats, la logistique, la coordination, la fabrication d’ouvrages, et la gestion de projet. Je travaille actuellement pour le premier développement de champ pétrolier offshore conjoint entre le Sénégal et la Mauritanie.

La fondatrice de l’association, Mauricette PIEL, est aujourd’hui retraitée de l’Education Nationale après avoir travaillé 40 ans comme institutrice et directrice dans plusieurs écoles primaires du Calvados.

INESI : Vous faîtes actuellement partie de l’Association « Frédie : la vie au Niger ». Quels sont vos objectifs et buts ?

XP : A titre privé/personnel, je participe en effet aux activités de l’association « Frédie : la vie au Niger » qui a été créée en 2004 par quelques membres de la famille et des amis afin de faire perdurer les contacts et les amitiés qu’avait tissés ma sœur, Frédie, lors de son séjour au Niger où elle mettait en pratique son diplôme d’Architecture en terre, jusqu’à son décès accidentel en 2002 sur la route entre Niamey et Agadez.

Cette association est dédiée à l’échange et au soutien entre les membres de l’association et ses amis en quelques régions du Niger, et plus idéologiquement, à la communication et à l’entraide entre les habitants de France et du Niger.

Nous essayons de faire connaitre le Niger en France : sa géographie, ses différentes cultures, ses modes de vie, ses richesses et ses contraintes. Dans quelques écoles du Calvados, l’association montre aux enfants la différence dans quelques modes de vie, d’alimentation, de scolarité, de vêtements traditionnels… entre la France et le Niger.

Nous collectons des fonds en France pour aider le financement d’initiatives que nous identifions et développons en collaboration avec nos contacts au Niger.

©Crédit photo : Frédie : la vie au Niger

INESI : Pouvez-vous revenir sur vos actions sur le territoire du Niger ?

XP : Nous avons des contacts et amis dans 4 zones principales au Niger : Niamey, le canton de Diagourou (à l’ouest de Tillaberi), Agadez, et la vallée de Tidène dans l’Aïr.

La majorité des initiatives auxquelles l’association participe est liée à l’éducation et la scolarisation :

  • le parrainage d’enfants de la vallée de Tidène (Aïr) pour aller au collège puis lycée à Agadez  ou Tcherozerine et tout récemment au collège de Boudari dans la vallée de Tidène ouvert début 2018: 115 élèves sont passés par ce parrainage, 57 étaient en cours de scolarité en 2017-2018 (48 au collège et 9 au lycée) ;
  • le soutien d’anciens élèves parrainés dans la poursuite de leurs études universitaires à Niamey, et plus récemment à Agadez : 15 lycéens ont continué leurs études à l’université, 11 sont en cours de scolarité et 4 ont maintenant trouvé du travail ;
  • la fourniture de livres scolaires du programme officiel (achetés au Niger) pour les collèges et lycées de Agadez : environ 3000 livres ont été distribués à ce jour dans les établissements et confiés à des comités de gestion ;
  • l’ouverture de « classes de la seconde chance » pour des enfants non-scolarisés du canton de Diagourou : il s’agit de cycle de 4ans en partenariat avec la municipalité (l’association paie l’instituteur et du matériel scolaire alors que la commune met à disposition le local) et des artisans qui apprennent leur métier aux enfants en parallèle de l’école. Après un cycle à Ouallam et à Diagourou (2006-2010), un cycle à Bangaré (2012-2016), le cycle actuel a lieu à Bouppo (2016-2020). Les classes comptent en moyenne 40 enfants et plus de la moitié parvient souvent à reprendre le cycle gouvernemental au collège.

Quelques autres initiatives ont été menées avec le concours de l’association :

  • micro-crédit basé sur la dotation de petits moulins à des groupes de femmes contre remboursement au gré des revenus obtenus de son utilisation (projet interrompu en 2016 quand le gouvernement s’est mis à fournir des moulins) ;
  • micro-crédit basé sur la dotation de chèvres pour des femmes du canton de Diagourou et Lilingo contre restitution de bétail au gré des naissances (12 femmes ont été initialement dotées et, suite à l’augmentation du cheptel et la ré-attribution des têtes de bétail restituées, ce sont aujourd’hui 23 femmes qui élèvent leur troupeau) ;
  • Distribution de spiruline

Vous trouverez des détails sur : www.fredielavieauniger.org

©Crédit photo : Frédie : la vie au Niger

©Crédit photo : Frédie : la vie au Niger

INESI : Quelles sont vos relations avec les autres associations qui interviennent au Niger ?

XP : Nous avons des relations régulières ou occasionnelles avec d’autres associations françaises qui interviennent au Niger, parmi elles : GREF (Groupement des retraités pour l’Education sans Frontière), Les Amis de Tidène, Sékoly, Eau Vive, l’AECIN de Rennes et le RAEDD (Réseau d’Actions Educatives pour un Développement Durable) au Niger regroupés sous le réseau Tarbiyya Tatali, le REPTA…

Quelques projets ont notamment été développés ensemble :

  • FLVN a soutenu financièrement un projet de formation de matrones mené par Tarbiyya Tatali dans la région de Dogon Doutchi ;
  • FLVN a cofinancé un forage à Herou Bolaré avec l’association Word Vision ;
  • d’autres forages sont à l’étude avec Eau Vive…

©Crédit photo : Frédie : la vie au Niger

INESI : Avez-vous le soutien des autorités publiques (françaises et nigériennes) ?

XP : Les soutiens des autorités publiques sont difficiles et donc limités.

En France, le Conseil Régional de Basse-Normandie a participé au financement du premier cycle de Classe de la Seconde Chance. Depuis, nous essayons sans succès de trouver une collectivité disposée à mettre en place une « coopération décentralisée » avec la commune de Diagourou.

Au Niger, les Classes de la Seconde Chance sont reconnues par le Ministère de L’Éducation de Base et de l’Alphabétisation et nous avons de bonnes relations avec l’inspecteur de l’alphabétisation.

Nous sommes actuellement à la recherche de fonds pour la création d’une banque alimentaire dans un village.  Cette banque permettrait l’autogestion du COGES (Comité de gestion) pour l’achat des livres scolaires.

INESI : Vous êtes actuellement la seule association intervenant au Niger référencée sur le moteur de recherche Lilo. Qu’est-ce que Lilo et avez-vous mis en place des mécanismes pour pouvoir être sur celui-ci ?

XP : En réalité, nous avons appris récemment que l’association « Grandir Dignement », qui intervient pour aider la condition des enfants détenus en prison à Madagascar et au Niger, est aussi présente sur Lilo.

Lilo est en effet un moteur de recherche alternatif qui reverse une partie de ses bénéfices à des projets sociaux, humanitaires ou environnementaux. Nous avons eu connaissance de Lilo par une association amie (Les Chemins du Vent). Nous avons rempli un questionnaire de candidature qui a été accepté environ 1 mois plus tard. Le principe est que les internautes qui utilisent Lilo cumulent une « goutte » pour chaque requête sur le moteur de recherche et peuvent distribuer les gouttes à l’association de leur choix parmi celles présentes sur le site. Lilo convertit alors les gouttes en Euros (400 gouttes = 1€ environ). Après une première phase « intermédiaire » durant laquelle seuls les internautes sollicités par nous-même pouvaient verser leurs gouttes à FLVN, notre association a désormais obtenu son référencement complet et tous les internautes peuvent accéder à notre « projet » sur Lilo et nous verser des gouttes !  Bientôt, 200€ auront été collectés grâce à ce mécanisme.

Nous invitons tout le monde à utiliser Lilo et à soutenir les projets de « Frédie : la vie au Niger » en nous distribuant des gouttes…

INESI : Comment voyez-vous l’avenir du Niger ? Quels sont vos projets futurs ?

XP : Il est difficile de prévoir l’avenir. Beaucoup d’initiatives sont entreprises par le gouvernement et par la société civile qui semblent permettre d’envisager un avenir prometteur pour le Niger et ses habitants. Toutefois, les perspectives sont malheureusement assombries par le climat d’insécurité actuel dans plusieurs zones du Niger. Nous sommes inquiets pour les projets dans ces régions et surtout pour la population qui vit une situation compliquée et dangereuse.

Le souhait de notre association est que le Niger continue son processus d’autonomisation de son économie et de sa gestion. Le but de notre action est de soutenir la mise en place de projets qui répondent aux besoins exprimés par nos contacts au Niger et qui favorisent l’autogestion.

Nous espérons réaliser au plus vite des voyages au Niger afin seulement de rendre visite à nos amis, et non plus afin de discuter aussi de projets d’entre-aide et de leur financement.

Par l’INESI le 12 Janvier 2019