INESI – Pouvez-vous vous présenter (cursus scolaire, universitaire, vie professionnelle) ?

Ismaila HAMED (IH) : Je m’appelle Ismaila HAMED. J’ai fait respectivement les écoles primaires de Tchimoumounène-Inghal et Toudou d’Agadez, le CEG1 d’Agadez, le Lycée Technique Dan Kassawa de Maradi. Bénéficiant d’une bourse nigérienne, j’ai effectué mon bain linguistique à Kaduna où j’ai obtenu mon diplôme de compétence en anglais (English Proficiency Certificate). J’ai fait mes études d’ingénieur électricien en anglais à l’Université Bayero de Kano, Nigeria.

J’ai bénéficié en 1999 d’une bourse du gouvernement français (Centre culturel français de Lagos). Elle m’a permis de faire une formation de formateurs en Français Langue Etrangère (FLE) au Centre Universitaire d’Eudes Française (CUEF) à l’Université Stendhal Grenoble 3.

Enfin, Lauréat en 2016 du Concours de l’Education Nationale France, PLP Réservé, Electrotechnique, j’ai fait une formation Master 2/DU à Ecole Supérieure du Professorat et de d’Education (ESPE), Université Paris 12.

J’ai respectivement travaillé comme professeur de FLE à l’Alliance Française Kano, Nigeria, j’ai été Directeur de cours de l’Alliance Française.

Recruté de l’étranger par l’Inalco-Langues Orientales Paris du Nigeria en 2001, je suis venu en France en tant que Lecteur de langue Haoussa à l’Inalco. Parallèlement, j’étais professeur contractuel de Mathématiques second degré puis professeur d’Electrotechnique au Rectorat de Versailles.

Actuellement, j’occupe un poste de professeur Education Nationale France en Electrotechnique.

Je donne également des cours dans les Centres de Formation Apprentis (CFA) et dans les GRETA. Je forme en Génie Electrique et Habilitation Electrique principalement.

J’ai une auto-entreprise qui fait de la formation et de l’interprétation en langues Haoussa, Tamashek, Anglais et Pidgin English Nigeria.

Pour finir, je suis aussi Président d’une association (TARA : conseils, accompagnement à la scolarité, projets parentalité, mieux vivre ensemble, Projets …). J’aide en envoyant des manuels scolaires, des livres dans des écoles et lycées nigériens également. Je conseille et aide des nigériens qui ont créé des associations, leurs écoles, leurs centres de formation en France et au pays …

 

INESI – Quelle est la place de la langue dans la formation psychique d’une personne ?

IH : Je suis de ceux qui pensent que nous ne pourrons nous développer qu’en utilisant nos propres langues, qu’en enseignant nos propres langues, pas qu’en utilisant uniquement une langue étrangère.

 

INESI – Comment appréhendez-vous la diversité linguistique du Niger ?

IH : La diversité des langues est une richesse au Niger. Nous venons de célébrer la Journée de la Concorde. Des liens forts unissent les nigériens au travers de nos langues, des « cousinages traditionnels » existent aussi. Cela permet de stabiliser notre pays et de vivre en paix …

 

INESI – Il existe plus de 2000 langues en Afrique, selon l’Académie africaine des langues (ACALAN), quelle est la place des langues nigériennes dans les grandes familles classifiées ?

IH : Il me semble que le Niger ne publie pas suffisamment en langues par rapport à d’autres pays africains. Je pense au Nigeria voisin. De ce côté, beaucoup reste à faire pour gagner en visibilité afin de mieux faire connaitre nos langues nigériennes en Afrique et dans le monde.

 

INESI – Quelles sont les méthodologies que vous mettez en place pour faire apprendre une langue nigérienne ?

IH : En général, pour faire apprendre une langue nigérienne, j’utilise la Méthode Communicative comme je l’ai fait pour enseigner la langue française au Nigeria qui est un pays anglophone et pour enseigner la langue Haoussa aux étudiants français et européens s’inscrivant à l’Inalco-Langues Orientales Paris.

 

INESI – Les langues nigériennes tombent-elles en désuétude ?

IH : Non. Il y a des nigériens volontaires, courageux, soucieux de l’avenir de nos langues qui écrivent, qui publient, qui ont fait des études dans nos langues, il faudra les soutenir, les encourager, les suivre et les sponsoriser …

Personnellement, je me définis comme un ingénieur qui a une expérience dans l’enseignement des langues. Voyez-vous donc l’importance et la place que j’accorde à nos langues.

 

INESI – Avez-vous développé des TIC, ou effectué du Cyber-activisme, pour faciliter l’apprentissage de ces langues ? Faîtes-vous de l’interprétariat pour le compte d’institutions nigériennes ?

IH : TIC ? Non. Je n’ai jamais fait de l’interprétariat pour le compte des institutions nigériennes. Je ne pense pas être connu. C’est bien regrettable. J’aime mon pays. J’en ai fait pour des institutions nigérianes et françaises. Actuellement en France, je fais de l’interprétariat pour OFPRA, la CNDA, ISM, l’Aide Sociale à l’Enfance, France Terre d’Asile, la Croix Rouge, les Préfectures, les Tribunaux, les Cours Appels, la Police … à la demande.

 

INESI – Pouvez-vous conseiller à nos lecteurs trois ouvrages qui vous ont marqué ?

IH : J’aime bien : Nègre je suis, nègre je resterai d’Aimé CESAIRE, O Pays mon beau peuple de Sembène OUSMANE et Le Théorème du Perroquet qui explique l’origine de Maths qui sont nées en Afrique. Je suis désolé, je n’ai pas cité un ouvrage de mon pays. J’admire les écrivains nigériens qui font un très bon travail. Je les encourage et les félicite.

 

INESI – Comment voyez-vous l’avenir du Niger et quels sont vos projets actuels ?

IH : Le Niger est un pays émergent, un pays d’avenir qui se développe vite. Un pays qui crée progressivement de la richesse. Je suis très optimiste pour mon pays. J’aimerais former les nigériens en Génie Electrique, Habilitation Electrique et Méthode communicative. Je suis de ceux qui pensent qu’il faudra reformer l’enseigner au Niger tant l’enseignement général que professionnel. En France, par exemple les bacs C, D, A … n’existent plus. Il en est de même pour les bacs E ; F1, F3 …

Il faudra écrire des nouveaux référentiels pour notre pays et même pour notre continent en général. Je reste ouvert à tous projets et à toutes propositions.

 

INESI – Avez-vous un message pour les jeunes et la future génération ?

IH : Aimez vos pays, travaillez dur pour arriver, travaillez pour l’Afrique. Evitez les petites querelles inutiles. Aimez-vous, soyez solidaires et avancez !

Par l'INESI le 10 Mai 2019