Issoufou Bello Issa (IBI) : Merci pour l’intérêt que vous portez à Virtuprofs. Nous nous réjouissons de l’opportunité qui nous est offerte pour en parler un peu plus en détail.

L’éducation est un enjeu majeur pour l’avenir, particulièrement au Niger. Nous croyons qu’il faut donner à chaque enfant les meilleures chances de réaliser son potentiel et de trouver sa place dans la société.

C’est en cela que réside le concept d’une EdTech que nous sommes. Il s’agit de rendre accessible, du contenu éducatif, au maximum d’enfants nigériens qu’ils soient pris en charge ou non par le système éducatif.

 

INESI : Pouvez-vous présenter « Virtuprofs » ?

 

IBI : Virtuprofs est un service d’assistance et de soutien scolaire offert aux élèves des niveaux primaire et secondaire du Niger. A partir de leurs téléphones cellulaires, ils peuvent accéder à une base de données contenant des milliers de Quiz sous forme de questions à choix multiples et des résumés de cours. Ces quiz sont conçus par des enseignants qualifiés et permettent aux élèves de réviser les notions apprises en classe tout en prenant du plaisir. Nos enseignants sont également disponibles 7 jours/7 pour répondre aux questions des élèves.

Notre option phare « demandez le rappel d’un enseignant » offre la possibilité aux élèves de solliciter l’appel téléphonique d’un enseignant pour se faire expliquer de vive voix une notion mal assimilée ou un exercice difficile à résoudre. Une interface permet aux abonnés de consulter les statistiques en lien avec leur utilisation de la plateforme. Ils sont ainsi en mesure de monitorer la progression dans chaque matière et le taux de réussite aux quiz.

Le service est accessible à partir de notre application Virtuprofs, disponible en téléchargement sur Play store et App store.

Conformément à notre volonté de démocratiser l’accès à l’éducation, nous avons développé une technologie inédite permettant de rendre également disponible le service par SMS à partir de tous types de téléphones. Que vous soyez à Niamey ou à Diffa, vous pouvez accéder à notre service.

À partir de 1000 F CFA par mois, l’apprenant peut s’abonner à notre service et profitez de toutes les options que nous offrons.

INESI : Pensez-vous à établir des antennes dans les différentes régions du Niger ou dans la sous-région ?

 

IBI : Une des motivations principales au lancement de ce service est la démocratisation de l’éducation. Le caractère digital de notre solution nous permet d’être disponibles sur l’ensemble du territoire nigérien et à disposition de l’ensemble des personnes en âge d’aller à l’école qu’elles soient prises en compte ou non par le système éducatif. Il est vrai que les campagnes de marketing que nous avons menées se sont toutes concentrées sur la ville de Niamey. Toutefois, très prochainement nous comptons être présents dans tous les chefs-lieux de région en termes de publicité et de marketing. Nous sommes conscients que le marché de l’intérieur du pays est extrêmement important pour nous en ce qu’il constitue un potentiel énorme de croissance pour nos activités. La population scolaire étant importante et les services scolaires pas toujours disponibles et de qualité, nous y avons un rôle certain à jouer.

Pour l’instant nous sommes uniquement disponibles au Niger, mais notre ambition est de nous étendre le plus rapidement possible à l’ensemble des pays francophones de notre sous-région. Nous avons l’avantage que les programmes d’enseignement sont très similaires d’un pays à l’autre ce qui rend plus facile l’exportation de nos services.

Nous ne sommes cependant pas dans la précipitation. L’expérience que nous aurons accumulée avec les activités au Niger nous servira pour affiner le service et fournir aux élèves de toute l’Afrique de l’Ouest la meilleure des assistances scolaires possible.

Site web : https://virtuprofs.com/index.html

INESI : Comment les élèves et les enseignants appréhendent les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) dans l’enseignement et la transmission du savoir ?

IBI : A l’ère du tout digital, le constat au Niger est accablant. Les TIC sont absentes à l’école. Pendant que dans d’autres pays les TIC sont utilisées pour rendre plus efficaces les méthodes d’enseignement, au Niger celles-ci sont malheureusement restées à l’écart de cette dynamique d’évolution. En dehors de l’école, une bonne partie des élèves perçoivent également les TIC comme des moyens de divertissement plutôt que comme des outils éducatifs.

Cet état de fait a constitué l’un des freins majeurs à l’implantation et à la vulgarisation de VirtuProfs. Notre service étant entièrement digital, il nécessite une maitrise de la technologie que n’a pas forcément une grande partie de notre public cible. Néanmoins, avec énormément de sensibilisation et de pédagogie, l’appropriation de notre plateforme se démocratise. Dans cette logique, nous menons actuellement une campagne de vulgarisation qui nous mènera dans l’ensemble des établissements scolaires de la capitale. Les souscriptions qui sont déjà en hausse sont un témoin du succès de cette campagne.

 

© Crédit photo : Virtuprofs

INESI : L’e-learning et le modèle que vous proposez se basent-t-ils sur le programme d’éducation national en plus d’autres programmes ?

 

IBI : Le contenu disponible sur notre plateforme a été élaboré conformément au programme national d’enseignement du Niger. L’élaboration de notre contenu s’est fait en associant des professeurs d’expérience et,  des conseillers et inspecteurs pédagogiques, pour s’assurer de la qualité de celui-ci et de sa conformité avec le programme national. Il est important de mentionner ici que nous avons obtenu l’agrément des Ministères de l’Enseignement Primaire et Secondaire, ce qui garantit la conformité d’avec le programme national d’enseignement.

Toutefois, nous nous différencions outre mesure de ce qui se fait traditionnellement en termes d’enseignement. En effet, notre singularité réside dans les méthodes d’apprentissage que nous utilisons et qui permettent de faciliter la compréhension par les élèves. Pour exemple, les QCM, qui sont à disposition des utilisateurs de notre application, ont été conçus pour tester la maîtrise de notions spécifiques. Le fait également que le fonctionnement et l’utilisation de l’application soient semblables à celui d’un jeu nous permet de susciter l’intérêt et de captiver l’esprit des élèves.

Notre modèle se caractérise également par la disponibilité offerte aux utilisateurs de notre application. Utiliser VirtuProfs, c’est disposer d’un professeur, dans toutes les matières 7j/7 et 24h/24. Cet accompagnement constant et personnalisé permet à chaque utilisateur d’avancer et de s’améliorer tout en suivant son propre rythme.

 

© Crédit photo : Virtuprofs

INESI : Avez-vous un mécanisme d’éducation dans les langues nationales ?

IBI : Non, nous n’avons pour le moment pas de contenu en langues nationales. Ceci étant dit, nous sommes engagés dans un processus de réflexion avec certains acteurs du secteur de l’éducation dont des enseignants chercheurs qui travaillent sur la question, pour trouver le moyen d’intégrer les langues nationales aux mécanismes d’enseignement que nous utilisons. Nous sommes d’autant plus motivés, qu’il existe de nombreuses études et expériences pratiques, qui concluent que l’apprentissage est plus aisé, en début de scolarité, lorsque l’enseignement est dispensé en langues nationales. L’exemple du Burundi est à ce titre très illustratif. L’enseignement y est dispensé, au primaire, en Kirundi et les résultats sont plus que satisfaisants.

INESI : Comment voyez-vous l’avenir de votre start-up ?

 

IBI : Les perspectives sont très encourageantes. D’une part, l’appropriation technologique de notre plateforme se démocratise. En effet, grâce aux efforts de pédagogie et de vulgarisation que nous consentons, le caractère digital de notre solution est de moins en moins un facteur limitant. D’autre part, la tendance des inscriptions et des abonnements à VirtuProfs, est continuellement croissante, traduisant ainsi l’intérêt grandissant qui existe à son égard. En à peine quatre (4) mois de disponibilité effective, nous enregistrons déjà plus de 5000 utilisateurs inscrits sur notre plateforme.

Au-delà de ces deux points, il y a également d’autres perspectives qui fondent nos bons espoirs. Très prochainement, nous lancerons une campagne de marketing à destination de l’intérieur du pays, qui constitue un énorme marché potentiel. Aussi, la très grande flexibilité de notre plateforme nous permet d’offrir une multitude de services aux établissements d’enseignements, en dehors de l’assistance scolaire qui constitue le corps de notre activité. Nous permettons, par exemple, aux établissements d’enseignement de rendre disponible sur notre plateforme, à leurs élèves, du contenu spécifique. C’est, dans les faits, beaucoup plus efficace de rendre disponible à 80 élèves un cours d’histoire niveau terminale que d’imprimer et de distribuer 80 polycopies.

En résumé, l’engouement est au rendez-vous, une grande partie du marché reste encore à exploiter et les possibilités de services offerts sont diversifiables.

INESI : Pouvez-vous conseiller à nos lecteurs trois ouvrages qui vous ont marqué ?

IBI : Je suis plus pragmatique qu’idéologue et cela se traduit dans mes lectures. Il est difficile de faire un choix tant toutes les lectures sont en elles-mêmes des aventures intellectuelles et éducatives singulières. Mais puisque qu’il ne faut en citer que trois, je choisirai ceux qui sont le plus à même, à mon sens, de profiter aux jeunes nigériens.

Le premier ouvrage est ‘‘AHMADU BELLO Sardauna of Sokoto : Values and leadership in Nigeria’’ de John N. PADEN. Cet ouvrage présente le contexte social et politique qui a prévalu à l’émergence d’un homme qui a marqué l’histoire contemporaine du Nigéria et de l’Afrique. Ahmadu Bello, détenteur du titre de ‘Sardauna’ à l’intérieur du sultanat de Sokoto, est le premier et seul premier ministre du Nord Nigéria pré-indépendance. Ce qui marque chez cet homme, c’est sa capacité à s’inscrire à la fois dans l’attachement aux valeurs traditionnelles et culturelles, et dans la modernité à travers l’éducation et le leadership. A l’instar d’Ahmadu Bello, il faut que nous, jeunes nigériens, puissions être de pleins pieds dans la modernité tout en restant attachés aux valeurs traditionnelles qui fondent notre culture, notre identité.

‘‘Afrotopia’’ de l’intellectuel sénégalais Felwine Sarr est le second ouvrage que je recommande. Felwine Sarr livre dans cet ouvrage une réflexion sur la manière dont l’Afrique doit se repositionner dans le monde à partir d’un projet et d’une vision propres à ses spécificités. Il nous invite donc à complexifier la réflexion sur notre propre développement. S’il y a quelque chose qui manque dans notre schéma de réflexion au Niger, c’est bien la dimension ‘‘prospective’’. Il faut que nous puissions être en mesure d’élaborer des scénarios futurs et de travailler dans le temps présent à la réalisation de ces scénarios. Autrement, nous resterons toujours spectateurs de notre propre développement.

Ma troisième recommandation n’est pas un ouvrage mais plutôt un rapport : le rapport alternatif sur l’Afrique (RASA). Ce rapport qui est le fruit d’une collaboration entre chercheurs et intellectuels africains, jette les bases d’une nouvelle Afrique décomplexée et dont le processus de développement est autocentré sur ses propres réalités. Il s’inscrit dans le continuum d’Afrotopia et présente les résultats de l’exercice prospectiviste auquel les auteurs se sont livrés. Ce rapport est utile en ce sens qu’il peut servir de support à la réflexion pour réformer notre pays et nous réapproprier son développement.

INESI : Avez-vous un message pour les jeunes et la future génération ?

IBI : J’aurais un seul mot pour les jeunes de notre pays. Rêvez grand, même si cela nécessite d’être dans l’utopie, et donnez-vous les moyens de réaliser ces rêves. Une petite anecdote en ce sens : l’ordinateur avant d’être le fruit de la recherche appliquée, est celui de la recherche fondamentale. C’est parce qu’à un moment de l’histoire quelqu’un a osé être dans l’utopie que nous avons aujourd’hui cet outil fantastique qu’est l’ordinateur.

 

Par L'INESI le 22 Avril 2019