INESI – Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

 

Dr Rachid AWAL ISSA (RAI) : Je me nomme AWAL ISSA Rachid, j’ai 31 ans et je suis né à Guidan Roumdji dans la région de Maradi. Je suis marié et père d’une jolie petite fille. J’ai entrepris mes études primaires à Tahoua et secondaires à Niamey. J’ai effectué mes études supérieures à l’Université Abdou Moumouni de Niamey où j’ai obtenu mon diplôme de doctorat d’Etat en médecine. Je suis actuellement mastorant en épidémiologie d’intervention à l’Institut Supérieur de Santé.

 

INESI – Vous vous êtes lancé très tôt dans le mouvement syndical et associatif. Quelles ont été/sont vos motivations ?

 

RAI : Vous savez dans la vie, il faut avoir des objectifs. L’un de mes objectifs était de contribuer à l’épanouissement de la jeunesse de mon pays en particulier et au-delà, de l’Afrique en général. C’était, si vous voulez, être garant de cette dernière, la protéger et défendre ses intérêts à tous les niveaux.

Après, j’ai compris qu’il ne s’agit pas seulement d’avoir des objectifs mais aussi des ambitions, une ligne directrice et un domaine d’intervention.

Nous avons tous besoin de quelqu’un pour porter nos peines, nos difficultés, nos problèmes, nos envies, nous écouter, nous comprendre, nous aider à surmonter certaines situations et à plaider notre cause. Je suis alors dans cette logique.

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

 

INESI – Comment analysez-vous le secteur hospitalier nigérien ? Quelles solutions préconisez-vous pour son amélioration ?

 

RAI : Je vous remercie pour cette question à laquelle je suis à l’aise de vous répondre.

Permettez-moi d’abord de vous faire une analyse de la situation des médecins et des infrastructures sanitaires au Niger.

Le Niger compte 944 médecins, 50 pharmaciens et 30 chirurgiens-dentistes pour la fonction publique selon la liste des effectifs du ministère de la santé du Niger en Décembre 2015 (voire Annuaire des statistiques sanitaires du Niger 2015, tableau 15, p. 34-35). Le ratio est d’un médecin pour 21000 habitants si on estime la population à 20 millions d’habitants alors que les besoins en médecins selon les anciennes normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont de 1 médecin/10000hbts. Selon les nouvelles normes OMS (6/10000hbts), le besoin sera de 13266 médecins en 2020 (voire Plan du développement des ressources humaines en santé 2011-2020 du ministère de la santé publique du Niger, p. 34).

En général, il est recommandé 23 médecins, infirmiers et sages-femmes pour 10000 hbts (Atlas mondial de sante de l’OMS, 2009). Ce chiffre est revu en hausse par le Bureau International du Travail (BIT). Cette situation des ressources humaines en sante en occurrence des médecins, montre que le Niger se confronte à un besoin énorme.

Il faut aussi noter que sur les 944 médecins, une grande partie est en formation pour la spécialisation.

Sur le plan d’infrastructure, il faut rappeler que deux hôpitaux de référence sont construits dont un fonctionnel, celui de Niamey. Le deuxième qui est l’hôpital de référence de Maradi sera réceptionné bientôt. Un troisième sera en construction à Tahoua.

À ceux-là, il faut ajouter la construction d’un hôpital à Tillabéry et la construction d’une dizaine d’hôpitaux de district.

Hors, à ce jour même les hôpitaux nationaux sont heurtés à un problème d’insuffisance de médecins. À titre d’exemple, aucun service de chirurgie de nos hôpitaux ne dispose de médecins généralistes, il en est de même pour beaucoup de services de médecine (pédiatrie, cardiologie, pneumologie, médecine interne etc…).

Selon un recensement fait par l’association des jeunes médecins du Niger, il y a environ 750 médecins nigériens en attente du recrutement à la date du 6 Juin 2018. Ce qui portera le nombre en cas de recrutement à 1694 médecins soit un médecin pour 11800 hbts. Encore très loin des normes de l’OMS.

Il existe aujourd’hui des Centres sanitaires intégrés (CSI) qui fonctionnent sur la base d’un seul infirmier.

Excusez-moi de trop m’appesantir sur la situation des médecins au Niger, c’est juste qu’étant médecin, c’est ce que je maitrise le plus.

À cela s’ajoute l’insuffisance du plateau technique.

En terme de solutions je propose :

  • Le recrutement massif des agents de santé ;
  • La formation des prestataires par spécialité ;
  • Le recyclage et le renforcement des capacités du personnel soignant existant ;
  • Le rehaussement du plateau technique ;
  • L’équipement de nos hôpitaux avec du matériel de dernière génération ;
  • L’application du système d’assurance maladie dans les hôpitaux publics

 

INESI – Vous êtes actuellement le coordinateur national du Réseau Jeunesse et Politique de l’Afrique de l’Ouest (RJP/AO). Pouvez-vous nous présenter cette structure et vos principales actions ?

 

RAI : Je ne suis plus actuellement le coordinateur du RJP/AO, j’ai déposé le mandat il y’a de cela 4 mois. Sinon le Réseau Jeunesse et Politique l’Afrique de l’Ouest RJP/AO a été créé en 2012 par les alumnis du programme PYPA (PROGRAM FOR YOUNG POLITICIAN EN AFRICA) et a pour but de renforcer la participation des jeunes dans le domaine de la gouvernance démocratique.

Les objectifs du RJP/AO sont de :

  • Apporter une contribution au processus de démocratisation dans nos pays respectifs et en Afrique de l’ouest ;
  • Développer la solidarité entre ses membres ;
  • Renforcer les capacités des jeunes leaders politiques ;
  • Servir de pont entre les différentes promotions du Programme PYPA ;
  • Plaider pour l’implication des jeunes dans les sphères de prise de décisions dans les différents pays de l’Afrique de l’ouest ;
  • Développer toute initiative en vue de promouvoir la compréhension mutuelle et la coopération entre ses membres ;
  • Développer toute initiative visant la promotion des valeurs de bonne gouvernance, de stabilité et de paix;
  • Renforcer le dialogue inter partis dans nos pays respectifs ;
  • Promouvoir le développement du genre ;
  • Renforcer la capacité des jeunes pour contribuer à la bonne gouvernance et au développement de chaque pays.

Depuis sa création, le RJP/AO a réalisé les activités suivantes :

  • Atelier régional de vulgarisation du code de bonne conduite des candidats des partis politiques et candidats indépendants aux élections Niger 2016 dans les huit régions ;
  • Forum régional sur la participation politique des jeunes et le dialogue inter partis à Tillabéry ;
  • Atelier d’information et de formation de 70 jeunes sur l’accès à l’information sur les opportunités de formation et d’emploi à Niamey ;
  • Projet d’adoption d’une charte nationale de la jeunesse politique du Niger ;
  • Projet équité genre, participation citoyenne et leadership des femmes et des jeunes, etc.

 

INESI – La jeunesse de la population nigérienne est-elle une chance pour le pays ou une « bombe à retardement » ?

 

RAI : Alpha Condé disait : « la jeunesse est une chance mais aussi un danger, une chance si on arrive à lui donner du travail mais une bombe si nous n’arrivons pas ». Moi je dirais que la jeunesse est une chance si cette dernière est épanouie et elle contribue au développement du pays. Elle devient une bombe bien sur si elle est marginalisée, discriminée, si elle n’est pas écoutée ou encore si les conditions de son épanouissement ne sont pas créées.

La jeunesse ne doit plus être sur la table mais autour de la table, Koffi Annan disait : « les jeunes devraient être à la pointe du changement global et de l’innovation. Habilités, ils peuvent être des acteurs clés pour le développement et la paix. Si, toutefois, ils sont laissés sur les marges de la société, chacun d’entre nous sera appauvri. Faisons en sorte que tous les jeunes aient toutes les chances de participer pleinement à la vie de leurs sociétés ».

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

 

INESI – Qu’est-ce que le Réseau Africain des Adolescents et Jeunes pour les populations et le développement (AfriYAN) ? Quelles sont vos activités au Niger ?

 

RAI : AfriYAN est le « Réseau des Adolescent(e)s et des Jeunes en Population et Développement en français» ou  «African Youth and Adolescent Network on population and Development en anglais» . Il regroupe les organisations de la Société Civile africaine jeune. C’est un réseau en charge des questions de Jeunesse, de Dividende démographique et des Objectifs de Développement Durable.

AfriYAN est un cadre de concertation et d’action des organisations nationales de coordination des jeunes, il représente un interlocuteur privilégié pour les gouvernements et autres partenaires au développement dans leurs efforts pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) et du Plan d’Action de la CIPD et de la Charte Africaine de la Jeunesse. C’est un cadre de partage accru des compétences et des connaissances pour l’engagement et la participation des jeunes dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi – évaluation des politiques et programmes.

AfriYAN est un cadre de collaboration et de partenariat avec les partenaires techniques et financiers (Institutions du Système des Nations Unies, partenaires multilatéraux et de l’Union Africaine etc.) ainsi que toutes les autres institutions impliquées dans la résolution des domaines pertinents du Réseau . C’est un outil de plaidoyer pour la mobilisation des ressources et un promoteur d’un partenariat fructueux avec la Commission de l’Union Africaine et des institutions régionales et internationales. Il excelle dans la promotion d’une meilleure dynamique des structures et/ou mouvements de jeunesse en travaillant dans le domaine de la Population, du Développement et du Dividende Démographique.

AfriYAN s’est fixé comme objectifs de :

  • Engager le plaidoyer de haut niveau et la mobilisation de ressources pour la mise en œuvre et le suivi des plans d’actions et de la feuille de route alignés sur le Dividende Démographique et les Objectifs de Développement Durable ;
  • Promouvoir et accompagner l’intégration et la priorisation des questions de jeunesse, de genre dans les politiques, programmes et projets de développement aux niveaux national et régional ;
  • Contribuer à la mise en œuvre et l’opérationnalisation de politiques et programmes soutenant en priorité les quatre piliers du Dividende Démographique (Emploi, Éducation, Santé et Gouvernance) et les Objectifs de Développement Durable ;
  • Renforcer les capacités de ses membres en management et leadership dans les domaines pertinents du Dividende Démographique et des Objectifs de Développement Durable.

 

INESI – Quel est le rôle du leadership dans le cadre de vos activités ?

 

RAI : Il n’est pas facile d’être Président ou coordinateur d’une structure de jeunesse au Niger.

On a forcément besoin de beaucoup de formations et de compétences en leadership, en gestion, en planification, et même en plaidoyer/lobbying. Le leadership personnel à diriger et surtout à influencer, contribue énormément. Il faut de l’expérience pour bien mener nos activités.

Les membres ont besoin de voir leur président ou leur coordinateur apte, dynamique et surtout courageux. Cela les inspire et vous permet d’avoir une bonne équipe dynamique autour de vous, gage de la bonne marche de l’association et de la réussite de toutes les activités de cette dernière.

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

 

INESI – Comment appréhendez-vous les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) dans vos activités ?

 

RAI : Les TIC font le monde, les TIC sont le monde. Il faut évoluer avec TIC, sans les TIC nous ne pouvons pas grandir, nous ne pouvons rien réaliser de grand.

Vous l’avez-vous-même remarqué, toutes nos activités sont sur les réseaux sociaux, nous organisons des Tweets up et faisons beaucoup de sensibilisations et de formations à travers les réseaux sociaux.

 

INESI – Avez-vous eu à collaborer avec des institutions internationales pour mettre en œuvre vos idées au Niger ?

 

RAI : Oui beaucoup même dont le NDI (National Democratic Institute), le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), l’UNFPA (Fond des Nations Unies pour la Population), l’OMS (Organisation Mondiale de la santé), l’IGD (Institut pour la Gouvernance et le Développement) pour ne citer que cela. Je profite aussi pour leur témoigner toute ma reconnaissance et ma gratitude pour la confiance et tout le soutien.

 

INESI – Quels sont vos projets actuels ?        

  

RAI : Les projets, j’en ai beaucoup.

A court terme, c’est surtout de soutenir mon mémoire d’épidémiologie et de continuer en PHD et à long terme, je garde ça pour moi, au moment venu vous le saurez Incha Allah. Mais, j’avoue que j’ai des ambitions politiques, peut-être que je serai le OUSMANE SONKO du Niger (rires).

 

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

 

INESI – Parlez-nous de vos actions sur le port de la ceinture de sécurité ?

 

RAI : Cette action témoigne de la capacité qu’ont les jeunes nigériens à changer les choses. Nous avons, en moins de 3 mois, changé la mentalité et le comportement quotidien de toute une communauté, de tout un peuple. Permettez-moi ici de remercier tout d’abord ces volontaires qui étaient devenus ma seconde famille, qu’ils reçoivent ici toute ma gratitude et toute ma reconnaissance.

Tout a commencé à l’hôpital où nos permanences et nos gardes sont tourmentées par les cris de douleur de nos patients et des parents qui perdent leur enfant, frère ou père suite à un traumatisme dû à un accident de la voie publique. Cette situation intenable m’amena à me poser une question fondamentale : que puis-je faire pour abréger leur souffrance ? Mieux, que dois-je faire pour contribuer à réduire ce problème de santé publique ? Plusieurs idées m’ont traversé l’esprit. L’une d’entre elle était de placer des pancartes sur les grandes artères de Niamey avec écrit dessus « Ici en 2018, 1221 personnes sont mortes, ne soyez pas la 1222ème ». La deuxième idée était de poser cet acte citoyen qui est la sensibilisation au niveau des différents ronds-points sur le port de la ceinture de sécurité et du casque. L’idée était au début bizarre et beaucoup me l’ont dit mais moi j’y croyais, j’étais convaincu que pour faire 1000 pas, on doit commencer par un pas. C’est ainsi, qu’après des sensibilisations sur les réseaux sociaux et aux ronds-points ENAM, WADATA et HAROBANDA, la ville de Niamey prit un arrêté pour rendre obligatoire le port de la ceinture et du casque. Une des volontaires m’appela pour m’informer, mais je ne l’avais pas crue jusqu’à ce que le président de la délégation spéciale nous invite pour nous féliciter et nous demander de les aider dans la sensibilisation.

J’étais en voyage quand l’arrêté est entré en vigueur. Rentré à Niamey, ma surprise fut très grande de voir tout le monde porter sa ceinture de sécurité. Aussitôt j’ai eu des larmes. J’avais eu beaucoup d’appels de félicitation pour certains et d’insultes, oui d’insultes pour d’autres. Ma seule fierté était d’avoir changé le comportement de toute une communauté en trois (3) mois et avec un budget de zéro franc. J’ai vu récemment le rapport du service des urgences de l’hôpital national de Niamey, le taux de traumatisme crânien a chuté de plus de 50% entre le mois de Septembre et le mois d’Octobre.

 

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

 

INESI – Avez-vous un message pour les jeunes et la future génération ?

 

RAI : J’aimerais que la jeunesse et les futures générations sachent que nous n’avons qu’un seul pays, une seule nation, un seul Niger, de N’Guiguimi à Tera, de Bilma à Gaya, nous sommes les mêmes. Je suis Maouri, j’ai des amis et parents peulhs, Touareg, Zarma, Kanouri, Toubou, Arabe, j’adore l’Akaki de Zinder. Je salive quand je vois le « Tousmé » ou le « Aflag flag ». Qu’on soit de confessions religieuses différentes ou de bords politiques opposés, nous sommes avant tout des nigériens, nous nous tenons tous debout devant un drapeau tricolore, l’orange, le blanc et le vert, un drapeau qui n’est respecté aujourd’hui que par les hommes du rang. Ce drapeau retrace ce que nous sommes, l’histoire de nos grands-parents, de notre pays. Regardez aujourd’hui dans nos écoles, nos services et nos ministères, ce sont des vieux drapeaux dénaturés et décolorés qui flottent au ciel, pourtant on se paye des chemises chaque jour. Nous devons cultiver le patriotisme et l’intégrité, soyons des citoyens responsables pour notre avenir et l’avenir de notre pays. N’attendons rien de personne, formons-nous et travaillons, cultivons le sens de l’honneur et bannissons la médiocrité, la fainéantise, le gain facile, l’hypocrisie, la jalousie.

Pour les structures et organisations de jeunesse en particulier, je leur dirais qu’on n’a pas besoin d’un grand budget pour réaliser des grandes activités, nous en somme la preuve, ayons juste la conviction et soyons très dynamiques dans ce que nous faisons

Enfin, je leur dirais que nous n’avons qu’une seule devise, FRATERNITE TRAVAIL PROGRES, soyons ces frères et restons toujours unis et debout pour la REPUBLIQUE.

© Crédit photo : Rachid Awal Issa

Par l’INESI le 28 février 2019