INESI – Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs (parcours scolaire, universitaire et vie professionnelle) ?

 

Abdoul Karim AMADOU MAMAN (AKAM) : Agé de 31 ans, marié et père d’une petite fille, je suis le fondateur-Directeur général de la première société de communication pour le développement au Niger (ComDev) et président coordonnateur national du réseau des communicateurs pour le développement durable. Titulaire d’un Master 2 en communication pour le développement et d’un Master 2 en gestion des projets, j’accorde mon temps à la consolidation de la paix et à l’amorçage d’un développement humain et durable en formant et inspirant la jeunesse. Passionné d’art et d’engagement communautaire, j’ai su réunir dans mon combat plus de 200 jeunes filles et garçons autour d’un même idéal : la communication pour le développement et l’autonomisation de la jeunesse.

INESI – Vous vous êtes lancé très tôt dans le domaine associatif, socio-culturel, de la formation de personnes ressources locales. Quelles ont été/sont vos motivations ?

 

AKAM : Pour réussir ma vie et m’épanouir dans mes projets, mon défunt père avait l’habitude de me dire de toujours faire un travail qui me passionne tout en gardant ma dignité et mes valeurs. J’ai toujours aimé interagir avec les autres, me sentir utiles et marquer ma différence. Ainsi, dès le collège, j’ai eu l’honneur de diriger plusieurs structures syndicales, culturelles et associatives. Ce parcours m’a permis d’acquérir de l’expérience et d’avoir une connaissance solide de l’environnement organisationnel.

© Crédit photo : ComDev

INESI – Vous êtes actuellement le fondateur et le Directeur général de la société de communication pour le développement (ComDev). Quels sont vos visions et missions ?

 

AKAM : Créée le 07 Août 2016, l’organisation de communication pour le développement, spécialisée dans la communication pour un changement de comportement ambitionne de jouer un rôle de premier plan pour un monde uni, prospère et équilibré ou l’être humain et son environnement sont au centre de toutes les préoccupations. Cette structure se démarque par son approche innovante et participative mettant la communauté au cœur du développement, elle fournit un service innovant et de qualité à l’Etat et aux partenaires de développement dans l’exécution de leur programme/ projet. Son slogan ComDev « à vous la voix pour des voies » illustre bien cette participation active de la communauté. ComDev développe d’une part des projets communautaires propres à elle, et d’autre part la mise à disposition de ses compétences aux partenaires lui permet de se maintenir et de réaliser les projets qu’elle finance sur fonds propres.

La diversité de ses membres lui permet d’intervenir dans plusieurs domaines grâce à ses équipes réparties en huit dont : l’équipe théâtre, l’équipe de production audio-visuelle, l’équipe musicale, l’équipe d’enquête, l’équipe de consultation, l’équipe sportive, l’équipe de développement agricole et l’équipe d’hôtesses et stewards.

© Crédit photo : ComDev

INESI – Comment appréhendez-vous la notion de « leadership » dans le cadre de vos activités ?

 

AKAM : En tant que jeune, diriger une organisation jeune qui est animée exclusivement par des jeunes est un véritable défi.

Diriger plus de 200 jeunes (filles et garçons) de différentes confessions, venant de divers horizons et disciplines nécessite un leadership élevé afin de créer et échanger une influence positive pour atteindre les objectifs de ComDev.

 En effet, convaincu qu’un voyage de mille kilomètres commence toujours par un pas ; les jeunes leaders activistes, artistes, acteurs de paix venus de divers horizons et confessions ont décidé de mettre en commun leurs forces pour la mise en place d’une structure citoyenne dénommée ComDev pour relever les défis auxquels sont confrontées la jeunesse Nigérienne en particulier et celle du monde en général.

© Crédit photo : ComDev

INESI – Quelle est la place des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) dans vos activités ?

 

AKAM : De nos jours, les TIC représentent un atout majeur dans la vie, car étant de façon globale, l’ensemble des technologies issues de la convergence de l’information et des techniques évoluées du multimédia et des télécommunications, qui ont permis l’émergence de moyens de communication plus efficaces, en améliorant le traitement, la mise en mémoire, la diffusion et l’échange de l’information ; sont donc utiles dans les secteurs de développement et notre domaine n’y déroge guère.

Ces outils ont une place de choix dans nos activités car à travers eux, nous collectons, conservons, diffusons et communiquons nos données à l’interne comme à l’externe donc vers un public plus large, tout ceci pour une communication plus effective dans l’optique d’un changement positif de comportement.

 

INESI – Quelle est la place du théâtre, du cinéma, du thé-débat, dans la société nigérienne ? Quel est le rôle de la Communication pour le développement dans les stratégies de développement et de paix au niveau national et local ? Est-ce un procédé d’éducation civique et de traitement des questions plus souple ?

 

AKAM : Le théâtre, le cinéma, et le thé débat, sont des outils très efficaces en matière de transmission d’informations en particulier et en communication en générale. Les deux premiers facilitent la compréhension et l’appréhension du message clé à travers le divertissement ; le troisième quant à lui offre des informations capitales selon le sujet à travers une interaction directe et fluctueuse.

La communication pour le développement est elle-même en tant que telle une stratégie de paix, car étant une approche innovante et participative, elle favorise toutes les voies qui y mènent. A ComDev, nous disons qu’elle est au cœur du changement. L’amorçage d’un développement humain et durable passe par, non seulement un changement positif de mentalités mais aussi l’encrage des bonnes pratiques sociales, économiques, politiques… Cette stratégie est la voie royale au niveau National comme local. Il faut noter aussi que tout changement est un processus et que tout commence à la base pour un plus grand impact.

Elle est évidemment un procédé d’éducation civique et de traitement des questions également plus souples, puisqu’elle nécessite un retour à la base. C’est-à-dire aux valeurs culturelles car toute communauté en a une propre à elle, et pour traiter une question de toute envergure, il faut s’y référer et de ce fait, assurer une paix durable.

© Crédit photo : ComDev

INESI – Pouvez-vous revenir particulièrement sur le « théâtre participatif » et ses objectifs ?

 

AKAM : « Le théâtre est une forme de connaissance : ça devrait et peut être aussi un moyen de transformer la société. Le théâtre peut nous aider à bâtir notre vie future au lieu de l’attendre » disait AUGUSTO BOAL.

En effet, toute communauté est actrice de son propre changement, elle maitrise ainsi mieux ses besoins et problèmes. Le théâtre participatif est un outil phare de changement positif de comportement car elle met la communauté au cœur du développement. Il consiste à matérialiser sous forme de spectacle théâtrale un problème fréquent relaté par la communauté elle-même, puis dans lequel les comédiens interagissent avec cette communauté qui sera public au spectacle, afin qu’elle propose des pistes de solutions à son propre problème. Ce style théâtral diffère des autres formes de théâtre car elle offre au public le lieu et moyen d’échanger avec les acteurs (comédiens).

© Crédit photo : ComDev

INESI – Vous considérez ComDev comme « une organisation animée par des jeunes avec des jeunes pour mettre la population au cœur du développement ». Pourquoi ?

 

AKAM : Parce que ces jeunes ont non seulement la passion, la détermination, les initiatives innovantes pour amorcer un changement durable, positif mais ont surtout compris que pour ce processus, il faut une synergie d’action et mettre la communauté au cœur du changement. Des principes fondamentaux de ComDev, deux répondent essentiellement à cette question, notamment en premier lieu « l’être humain est la meilleure des richesses qui puisse exister au monde, il est l’architecte du développement de l’humanité ; c’est pourquoi il est judicieux d’investir dans sa formation et son accompagnement » ; en second lieu « dans chaque communauté, la jeunesse a un rôle spécifique à jouer, pour ainsi dire une mission à accomplir. C’est à ce juste titre qu’elle doit être considérée comme actrice et non comme simple bénéficiaire, comme solution et non comme problème. »

Ainsi, ces jeunes ont foi en ces principes, en font leur combat au quotidien, ils ont montré la différence dans leurs actions, partant de leur grand rêve qui est un meilleur lendemain pour leur beau pays, ils ont osé le pas pour le réaliser et ont pour crédo : « Avec rien faisons peu, avec peu réalisons grand et avec grand faisons des miracles ; un voyage de mille kilomètres commence toujours par un pas »

© Crédit photo : ComDev

INESI – ComDev a mis en place des caravanes de sensibilisation pour un « changement positif de comportement ». Pouvez-vous revenir sur ce point ?

 

AKAM : Le projet sur la cohésion sociale, la paix et la gestion non violente des conflits (avec l’ONG SEARCH FOR COMMON GROUND), La scolarisation de la jeune fille avec le projet SARAOUNIA (sous financement de ENABEL), le projet de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO (avec JMED sur financement de GIZ), les questions relatives à la migration irrégulière (avec l’OIM), la cohésion sociale avec le PCCN ou encore le Projet Paix à travers le développement (PDEV II financé par l’USAID), etc.

Toutes ces caravanes mises en œuvre avec les partenaires et sur fonds propre de ComDev ont permis de renforcer la résilience de communautés face à l’extrémisme violent, d’accroître le taux de jeunes filles scolarisées et en matière de préservation des mœurs, de ne valoriser que les bonnes et tourner dos aux mauvaises pratiques.

 

INESI – Quels sont vos projets actuels ?

 

AKAM : ComDev travaille actuellement sur plusieurs projets d’ordre :

  • Caritatif (pour la réalisation des vœux des orphelins « une vie, un projet »),
  • Educatif (pour l’amélioration de l’enseignement général),
  • Artistique (des œuvres de sensibilisation sous forme de feuilletons radiophoniques, des chansons sur des thématiques de développement, des shorts films…),
  • Organisationnel (pour étendre le bureau ComDev dans les autres régions du Niger en plus de Tillabéry et Dosso en créant des sous-bureaux)…

 

INESI – Pouvez-vous conseiller trois ouvrages/auteurs/cinéastes/comédiens (au choix) à nos lecteurs ?

 

AKAM : Le roman Les lois spirituelles du succès de Napoléon Hill ;

Le film documentaire L’arbre sans fruit de Aïcha Maky ;

Le roman Le Théâtre forum d’Augusto Boal.

 

INESI – Avez-vous un message pour les jeunes et la future génération ?

 

AKAM : Croyez-en vous, en vos rêves, osez les réaliser même si le monde vous en croit incapable, il n’en sait rien, vous êtes les seuls de qui dépend le grand changement ; nul ne connait et maitrise mieux votre environnement que vous-même, vous êtes capable de choses dont vous n’avez même pas conscience. Identifiez un problème dans votre communauté et travaillez en synergie avec les autres membres de la communauté pour trouver des solutions et des pistes de solutions ; c’est la meilleure manière de grandir dans la dignité et la prospérité. Aimez les autres, aimez travailler avec eux, et leur venir en aide afin de vous réaliser, d’être utile et en en conformité avec vous-même.

En définitif aimez-vous, croyez-en vous, aimez les autres, croyez-en eux, ensemble travaillez sans relâche et persévérez sans avoir peur de l’échec.

Par L'INESI Le 16 Juillet 2019