Le Niger connaît une situation paradoxale en matière de politique énergétique à laquelle aucun citoyen ne peut rester insensible. La consommation d’électricité est de 51,44 kwh par personne, en 2014, selon les statistiques de la Banque mondiale. Le kilowattheure est l’équivalent du « travail accompli en une heure par un moteur d’une puissance de 1 000 watts ». Seule 16,2 % de la population a accès à l’électricité en 2016 contre 2,29 % en 1990. Des progrès ont certes été accomplis, mais ils contrastent avec ceux des pays voisins. Le Mali est à 35,6 %, le Bénin à 41,4 %, le Burkina Faso à 19,16 %, le Nigéria à 59, 3%, l’Algérie à 99,4 %, la Libye à 98,5 % ; le Niger ne dépasse que le Tchad qui est à 8,83 % de sa population qui a accès à l’électricité selon les données de 2016. Au niveau continental, l’Afrique du Nord est à un taux de 99 % d’accès à l’électricité tandis que l’Afrique subsaharienne affiche un taux d’électrification de 43 %. Ce manque d’électrification cause au continent une perte annuelle de 2 à 4 % de PIB et stoppe les investissements et la création d’emplois.

Au pays d’Abdou Moumouni Dioffo – fondateur de l’Office Nationale de l’Énergie Solaire du Niger (ONERSOL) – les périodes de forte chaleur (avril-mai-juin), avec des températures avoisinant les 44°C à l’ombre, riment avec des coupures intempestives de la Société Nigérienne d’Électricité (NIGELEC), qui bénéficie d’un monopole de production, de transport et de distribution de l’énergie électrique sur tout le territoire national.

Le délestage met hors d’usage les appareils électriques, les ventilateurs ou encore les climatiseurs, produisant ainsi une irritation de la population ainsi que des frustrations. La pénurie en énergie persiste et la vie quotidienne des populations est marquée par une indisponibilité récurrente de l’énergie électrique couplée avec celle de l’eau potable dans la plupart des quartiers de la ville de Niamey, ainsi que dans certaines autres localités du pays. Cette situation est récurrente depuis plus d’une décennie et les explications avancées portent quasiment sur les mêmes argumentaires, au fil des années. Cela affecte toutes les activités du pays, l’économie est ralentie et l’image du Niger s’en trouve affectée.

À l’heure de la maîtrise des technologies de production d’énergie électrique conventionnelle ou renouvelable, la défaillance matérielle ne pourrait constituer la seule justification valable. À notre connaissance, la NIGELEC dispose d’un personnel très compétent et dévoué qui a la capacité d’anticiper ce genre de problèmes, la cause est donc probablement ailleurs.

De notre point de vue, la situation actuelle est la conséquence d’une politique énergétique pluri-décennale mal définie et illisible dans sa mise en œuvre, malgré quelques tentatives à travers l’évolution de certains textes règlementaires.

La politique énergétique est boiteuse puisqu’elle est basée exclusivement sur des perspectives aléatoires de réalisation de projets complexes (barrage de Kandadji, Salkadamna, Centrale nucléaire). En outre, elle est fondée sur des financements attendus des partenaires techniques et financiers comme l’Union européenne – Centrale électrique hybride d’Agadez –, l’Agence Française de Développement ou la Banque Africaine de Développement, d’où de fortes  incertitudes sur leur réalisation. Une politique énergétique plus ambitieuse pourrait jouer un rôle fondateur dans l’unité du pays et de la région de l’Afrique de l’Ouest. Notons que si l’Union européenne a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui, c’est sur le fondement de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) à partir de 1951 et de l’Euratom en 1957.

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Pour le cas du Niger, et du Sahel en général, une prise de conscience collective est nécessaire afin de parvenir à une efficacité énergétique et de prendre en compte la part des énergies renouvelables. Il faut changer de perspective en sortant de la posture exclusive du « tout-extérieur » et en diversifiant le bouquet énergétique de la NIGELEC. Le pétrole, l’énergie nucléaire, l’énergie solaire, l’énergie gazière, l’énergie éolienne, constituent des potentiels énergétiques pouvant contribuer à la sécurité énergétique du Niger. La production nationale, qui s’opère avec la Société nigérienne de charbon (Sonichar) et l’énergie produite dans les centrales de la NIGELEC, ainsi que la contribution de la centrale de Goroubanda depuis 2017, était estimée en 2017 à 364 gigawatts pour une consommation nationale allant à 1.244 GWh, selon la Ministre de l’Energie, Madame Amina Moumouni, en novembre 2018. L’approbation du Document de Politique Nationale de l’Électricité (DPNE) et la Stratégie Nationale d’Accès à l’Électricité (SNAE), adoptés en octobre 2018 par le gouvernement nigérien demeure une voie enrichissante. La SNAE, vise par exemple, à doter le pays « d’un référentiel pour le développement de l’électrification, avec, à l’horizon 2035, un sous-secteur de l’électricité performant et financièrement viable, en vue d’un approvisionnement en électricité fiable, abordable et respectueux de l’environnement ». Ce cadre qui semble riche et dynamique n’est pas sans rappeler la Stratégie Nationale d’Accès aux Services Énergétiques Modernes des Populations Nigériennes (SNASEM) de janvier 2006, qui fut ineffective et inefficace dans les faits.

L’année 2019 doit être considérée comme l’année de l’urgence énergétique et le point de départ d’une implication de la population dans la recherche de solutions à ses problèmes énergétiques – la solidarité énergétique. En effet, à l’heure où les réseaux électriques deviennent de plus en plus communicants, voire plus intelligents, le citoyen est appelé à être un membre actif du marché de l’électricité et ne plus seulement subir les aléas de l’approvisionnement mais aussi participer à la décision et aux orientations des politiques énergétiques au quotidien. Il est temps que cela soit une réalité au Niger !

La solidarité énergétique citoyenne peut s’entamer avec des interrogations, parmi d’autres, comme :

*Quelle est donc la politique d’investissement dans les infrastructures énergétiques ? Qui la définit et l’oriente ?

*Quelle est la part de responsabilité de l’État dans une telle situation ?

*Quelles perspectives citoyennes s’offrent aux citoyens dans les alternatives aux politiques publiques énergétiques ?

*Quelle est la politique de recherche scientifique et de développement liée à ce secteur au Niger et comment l’État assume sa responsabilité dans son financement ?

*Comment réussir une synergie et une indépendance énergétique de la capitale ? Etc.

En effet, les problèmes d’électricité à Niamey pourraient être considérés comme une question de sécurité et de stabilité, au vu de l’émergence des groupes terroristes dans la région.

Autant de questions dont les réponses ne peuvent résoudre le problème immédiat de disponibilité énergétique mais auxquelles il est urgent d’apporter des réponses pour espérer rétablir la situation à moyen terme.

A très court terme, il est primordial qu’il y ait des actes forts de la part, de qui de droit, pour :

  1. Situer les responsabilités et les assumer ;
  2. Présenter de manière claire à la population nigérienne les solutions pour assurer son autonomie énergétique permanente, chiffres et méthodes à l’appui. La privatisation de la Nigelec n’est pas une option, elle doit rester une société publique. Le problème d’approvisionnement électrique au Niger est moins technique que décisionnel ;
  3. Instituer la « Conscience Nationale du Devoir » (CONADEV), c’est-à-dire, que pour le secteur de l’énergie, une indisponibilité énergétique « déraisonnable » doit conduire à la démission des responsables de la gouvernance énergétique au sommet. Cette conscience pourrait s’appliquer à tous les autres domaines vitaux tels que la santé, l’eau, l’éducation et l’environnement.
  4. Mettre le citoyen au cœur de la politique énergétique du Niger : faire du citoyen un membre actif du système énergétique et non un membre passif qui subit, notamment à travers le développement de l’autoconsommation énergétique individuelle et collective.
  5. Mettre en place de manière urgente les possibilités d’interconnexion au réseau de la Nigelec des productions solaires résidentielles ou industrielles, ce qui limite les coûts d’investissement tout en rendant service à la Nigelec. Les technologies sont maîtrisées et disponibles à travers le monde, il reste à l’Etat d’agir efficacement pour une mise en œuvre effective ;
  6. Instituer un Conseil National pour la Souveraineté Énergétique (CONSER) du Niger et déclarer l’Urgence Energétique.

L’énergie est un élément clé pour la qualité de la vie et la compétitivité des entreprises nigériennes dans la région Ouest-Africaine. 2019 est une belle année pour lancer un cadre novateur pour l’autonomie énergétique par une volonté politique forte. On pourra développer et mieux utiliser nos ressources comme le Soleil, l’Eau, le Pétrole, l’Uranium, le Charbon, etc. La mise en place d’une Centrale nucléaire au Niger, peut permettre d’électrifié toute l’Afrique de l’Ouest. Le secteur de l’électricité a permis à des États comme le Mozambique ou l’Éthiopie de devenir de véritables « puissances régionales dans le secteur de l’électricité ». En Éthiopie, le parc éco-industriel de Hawassa, inauguré en juillet 2016, procède à un recyclage de l’eau et emploie une diode électroluminescente avec des méthodes d’éclairage ingénieux. Il s’agit de l’un des seuls parcs industriels au monde qui a adopté le modèle de « zéro rejet de liquide », avec des énergies renouvelables à 100 %. Tout près du Niger, le Burkina Faso a inauguré, en décembre 2017, la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest à ZAGTOULI. En juin 2018, le Nigéria a signé avec l’entreprise canadienne StarCore Nuclear un accord visant à fournir 23 petits réacteurs nucléaires qui seront installés sur l’ensemble du territoire au sein de mini centrales nucléaires.

En effet, se contenter de formuler quelques explications officielles routinières n’est plus crédible, il faudrait que le Niger marque un vrai tournant énergétique dès 2019. Le Niger peut être LA PILE DE L’AFRIQUE DE L’OUEST.