Tout commence par la publication d’une photographie du couple à côté de valises flambants neuves sur lesquelles on peut aisément apercevoir une liasse de billets de banque symbolisant la dot de la future mariée sur les réseaux sociaux. Ainsi se fait l’annonce des fiançailles à l’aube des nouvelles technologies.

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Si le mariage constitue l’un des événements les plus importants dans la vie de l’Homme qu’il convient de célébrer dans la joie et la convivialité, il apparait que cet événement constitue pour beaucoup un facteur de stress. En effet, de nos jours, les dépenses liées aux préparatifs du mariage sont assez coûteuses.

En Afrique, le mariage va au-delà de l’union de deux êtres, car il s’agit de l’union de deux familles.  Dès lors, à l’approche du mariage, des obligations familiales s’y ajoutent car il faudra s’occuper des invités au mariage venus du village pour fêter chaleureusement la célébration.

Au jour tant attendu, le petit déjeuner, généralement du couscous de maïs accompagné de moringua et d’une sauce rouge avec des morceaux de viande ou de pintades, doit être servi. Et cela constitue le minimum à offrir aux invités semblerait-il. Ainsi vers 10h-11h ces derniers attendent, d’aucuns allant jusqu’à exiger, les brochettes de viande et du yaourt aux grumeaux de mil (dégué). Tout cela en prélude au fameux soroundou ou tchiep, composé par le riz gras avec de la viande, de la pintade ou du poisson et des boissons pour se désaltérer.

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Dans ce cadre culinaire aussi riche que diversifié, des codes vestimentaires s’imposent, concernant notamment les uniformes qui se caractérisent par une multiplicité. En effet, le matin, les amies et famille de la mariée se réunissent autour de la mariée, habillés en basin riche pour la fatiha. Par ailleurs, au cours de la journée, le pagne choisi à l’occasion du mariage sera porté par les invités aussi bien parents, amis et connaissances des mariés.

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La nuit du koubeyan, où la jeune mariée est conduite chez son mari, on peut apercevoir les amies de la mariée arborant un sahari (tissu indien) apprêté pour l’occasion.

En outre, le lendemain du mariage à moins de convoler en lune de miel, une réception devra être organisée le plus souvent dans des hôtels huppés pour célébrer l’événement où on peut voir les garçons et les filles d’honneur dans des tenues assorties en compagnie des jeunes mariés.

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Tous ces uniformes génèrent des frais assez couteux, ce qui peut pousser parfois certaines jeunes filles, à contracter des dettes, afin de pouvoir se procurer de l’argent pour faire face aux dépenses des mariages allant souvent jusqu’à monnayer des faveurs à caractère sexuel. Ce dernier point prend une tournure assez inquiétante, à ce titre on peut citer ce témoignage sur les réseaux sociaux afin d’alerter les consciences sur la question : « mon rejet de l’uniforme s’explique par ce fait : une nièce à l’approche du mariage de sa cousine, mariage pour lequel il y’a eu trois uniformes (un pagne, un Bazin et un tissu) ; avait fait un contrat avec un homme. Dans le contrat le Monsieur devait lui acheter les tenus y compris les bijoux et les sacs qui vont avec et en contrepartie des relations sexuelles dans un hôtel de la place. Le Monsieur a exécuté son contrat.  Mais arrivé à l’hôtel, la fille qui n’est pas habitué aux hommes s’est mise en transe avec des crises. Elle a été ramenée chez sa tante. Et c’est le Monsieur qui a expliqué les clauses du contrat, en exigeant que la fille exécute sa contrepartie.  Cette fille, mes sœurs est vierge, car la famille a cherché à être sûre qu’il n’y a pas eu de relations sexuelles.  Donc pour moi l’uniforme reste un danger véritable pour nos filles, il faut y réfléchir ».

Cette pratique est courante et se déroule pourtant très souvent dans la discrétion la plus totale dans notre société.

En plus des frais liés au paraître, les familles respectives des mariés doivent faire face aux obligations envers les invités venus du village, qui doivent repartir avec des cadeaux (frais de transport, pagnes, cartons de savon…) en conformité avec la tradition africaine.

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Tel se présente, assez souvent, le schéma des mariages à Niamey.

Et de plus en plus des plaintes se font sentir sur les dépenses occasionnées par ces cérémonies qui frisent par moment l’extravagance. Qu’est-ce qui pousse véritablement à de telles dépenses ? Quelles sont les causes profondes qui justifient ces dépenses ?

La pression sociale serait un facteur majeur. En effet, si certains couples émettent le souhait d’un mariage sobre célébré dans la simplicité, ils se heurtent très rapidement à leur environnement proche, l’entourage familial. La manière de célébrer le mariage déterminerait le rang social. Dès lors, il faudra coûte que coûte un mariage en grandes pompes et qui restera longtemps gravé dans les mémoires. Cela s’apparente à une course vers le plus beau mariage. Malheureusement cela, n’est pas sans conséquence, car si certains peuvent s’offrir un somptueux mariage parce qu’ « on ne se marie qu’une seule fois dans sa vie », alors pourquoi ne pas se faire plaisir si on en a les moyens ? Tel n’est pas le cas de tout le monde.

Dans une société où l’apparence a une très forte influence sur les perceptions, suivre la tendance coûte que coûte conduit à l’endettement, l’escroquerie mais aussi à des cas de divorces une fois les feux de la célébration éteintes et que le retour à la réalité s’impose.

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La sonnette d’alarmes doit être tirée. Comme le dit un adage anglais « we blame Society but we are Society ».  Le changement doit être amorcé au niveau de toutes les tranches d’âge.

Rappelons à cet effet, qu’en avril 2018, le Sultan du Damagaram Aboubacar Sanda de la région de Zinder en collaboration avec les leaders religieux et structures féminines, avait fixé un plafond pour la dot et posé un certain nombre d’interdictions relatives à la question de la réduction des dépenses liées aux mariages et baptêmes.  Cette pratique qui a été saluée par tous au départ, n’a pourtant pas perduré au grand regret de certaines tranches de la population.

La loi a fixé le prix de la dot à 50.000 francs CFA, or il s’avère que dans les faits la dot varie de 150.000 francs CFA à 50 millions de francs CFA ou plus.  Et c’est à ce niveau que le noyau familial joue un rôle déterminant dans ce changement. Les sages, les parents doivent soutenir les couples dans le projet de réduction des dépenses et faciliter ainsi le mariage à ceux qui ne peuvent pas se le permettre sous ces conditions dans la mesure où beaucoup de jeunes souhaitent se marier mais faute de moyens pour satisfaire les exigences de la famille de leur belle dulcinée, ils renoncent à ce projet. Il faudra assister les autorités dans la régulation des dispositifs mis en place à ce titre pour changer cette tendance qui ne fait que prendre de plus en plus d’ampleur.

Le mariage est une union sacrée qui s’accompagne d’amour, de respect et de tolérance mutuelle afin de fonder une famille et de vivre en harmonie au sein de la communauté. Les bases qui sous-tendent cette institution doivent être solidifiées en prenant un appui sur les traditions qui prohibent l’excès et le gaspillage sous toutes leurs formes. L’objectif étant de montrer que les valeurs priment plus que l’apparence et c’est sur l’acquisition de ces dernières qu’il ne faut ménager aucun effort.

 Ne dit-on pas d’ailleurs que le meilleur mariage est celui qui est le plus facile ?